habiter

Category: Heidegger en français
Submitter: Murilo Cardoso de Castro

habiter

Mais si l’homme doit un jour parvenir à la proximité de l’Être, il lui faut d’abord apprendre à exister dans ce qui n’a pas de nom. Il doit savoir reconnaître aussi bien la tentation de la publicité que l’impuissance de l’existence privée. Avant de proférer une parole, l’homme doit d’abord se laisser à nouveau revendiquer par l’Être et prévenir par lui du danger de n’avoir, sous cette revendication, que peu ou rarement quelque chose à dire. C’est alors seulement qu’est restituée à la parole la richesse inestimable de son essence et à l’homme l’abri pour habiter dans la vérité de l’Être. CartaH: P 74-75

La métaphysique se ferme à la simple donnée essentielle, que l’homme ne se déploie dans son essence qu’en tant qu’il est revendiqué par l’Être. C’est seulement à partir de cette revendication qu’il " a " trouvé là où son essence habite. C’est seulement à partir de cet habiter qu’il " a " le langage comme l’abri qui garde à son essence le caractère extatique. Se tenir dans l’éclaircie de l’Être, c’est ce que j’appelle l’ek-sistence de l’homme. Seul l’homme a en propre cette manière d’être. L’ek-sistence ainsi comprise est non seulement le fondement de la possibilité de la raison, ratio, elle est cela même en quoi l’essence de l’homme garde la provenance de sa détermination. CartaH: P 79-80

Du reste, ce projet est, dans son essence, un projet jeté. Ce qui jette dans le projeter n’est pas l’homme, mais l’Être lui-même qui destine l’homme à l’ek-sistence de l’être-le-là comme à son essence. Ce destin advient comme l’éclaircie de l’Être; il est lui-même cette éclaircie. Il accorde la proximité à l’Être. Dans cette proximité, dans l’éclaircie du " là ", habite l’homme en tant qu’ek-sistant, sans qu’il soit encore à même aujourd’hui d’expérimenter proprement cet habiter et de l’assumer. Cette proximité " de " l’Être qui est en elle-même le " là " de l’être-là, le discours sur l’élégie Heimkunft de Hölderlin qui est pensé à partir de Sein und Zeit l’appelle " la patrie ", d’un mot emprunté au chant même du poète et en partant de l’expérience de l’oubli de l’Être. Le mot est ici pensé en un sens essentiel, non point patriotique, ni nationaliste, mais sur le plan de l’histoire de l’Être. L’essence de la patrie est nommée également dans l’intention de penser l’absence de patrie de l’homme moderne à partir de l’essence de l’histoire de l’Être. Nietzsche est le dernier a avoir expérimenté cette absence de patrie. Il ne pouvait lui trouver d’autre issue, àl’intérieur de la métaphysique, que dans le renversement de la métaphysique. Mais c’était là se fermer définitivement toute issue. En fait, Hölderlin, lorsqu’il chante le " retour à la patrie ", a souci de faire accéder ses " compatriotes " à leur essence. Il ne cherche nullement cette essence dans un égoïsme national. Il la voit bien plutôt à partir de l’appartenance au destin de l’Occident. Toutefois, l’Occident n’est pensé, ni de façon régionale, comme Couchant opposé au Levant, ni même seulement comme Europe, mais sur le plan de l’histoire du monde, à partir de la proximité à l’origine. Nous avons à peine commencé de penser les relations mystérieuses avec l’Est qui sont devenues parole dans la poésie de Hölderlin (cf. Der Ister, Die Wanderung, 3e strophe et suivantes). La " réalité allemande " n’est pas dite au monde pour qu’en l’essence allemande le monde trouve sa guérison; elle est dite aux Allemands pour qu’en vertu du destin qui les lie aux autres peuples ils deviennent avec eux participants à l’histoire du monde (cf. Zu Hölderfins Gedicht " Andenken ", Tübingen Gedenkschrift, 1943, p. 322). La patrie de cet habiter historique est la proximité à l’Être. CartaH: P 96-97

La pensée travaille à construire la maison de l’Être, maison par quoi l’Être, en tant que ce qui joint, enjoint à chaque fois à l’essence de l’homme, conforrnément au destin, d’habiter dans la vérité de l’Être. Cet habiter est l’essence de l’" être-au-monde " (cf. Sein und Zeit, p. 54). L’ indication donnée en ce passage sur l’" être-dans " comme " habiter " n’est pas un vide jeu étymologique. De même, dans la conférence de 1936, le renvoi à la parole de Hölderlin: Voll Verdienst, doch dichterisch wohnet der Mensch auf dieser Erde n’est point l’ornement d’une pensée qui, abandonnant la science, cherche son salut dans la poésie. Parler de la maison de l’Être, ce n’est nullement reporter sur l’Être l’image de la " maison ". Bien plutôt, c’est à partir de l’essence de l’Être pensée selon ce qu’elle est que nous pourrons un jour penser ce qu’est une " maison " et ce qu’est " habiter ". CartaH: P 120-121

Submitted on:  Tue, 10-Apr-2007, 18:20