exploitation organisée de l’art

Category: Heidegger en français
Submitter: Murilo Cardoso de Castro

exploitation organisée de l’art

Mais pour percer jusqu’à cette origine, ne sommes-nous pas manifestement autorisés à partir de l’oeuvre comme produit ? Ou bien nous faut-il absolument tenter de saisir l’oeuvre elle-même, comme elle est en soi ? Mais quel chemin prendre pour y réussir ? Les oeuvres d’art, nous les trouvons devant nous, dans des collections et des expositions. Elles y ont été mises à l’abri. Nous en trouvons aussi sur des places publiques et dans des demeures privées. Elles y ont été disposées. Ces oeuvres sont intelligibles. La recherche en histoire de l’art détermine leur provenance et leur appartenance. Des connaisseurs, des critiques d’art en décrivent le contenu et les "qualités". Ainsi, les oeuvres telles qu’elles sont en soi, sont-elles rendues accessibles à la jouissance collective et individuelle de l’art. Des institutions officielles assument la charge d’entretenir et de conserver les oeuvres, tandis que le commerce de l’art s’occupe de leur marché (Hw. 8, 29). Autour des oeuvres d’art présentes selon cette modalité se déploie un affairement multiple que nous appelons brièvement - et sans aucune nuance dépréciative - l’exploitation organisée de l’art (Hw. 29).

La soustraction des oeuvres à leur monde, l’effondrement du monde propre des oeuvres - deux phénomènes irréversibles. Les oeuvres ne sont plus celles qu’elles étaient ; sans doute, ce sont elles-mêmes qui nous font face, mais "elles-mêmes" veut dire alors : elles, qui furent. En tant que telles, elles s’ob-jettent à nous à l’intérieur du domaine de la tradition et de la conservation, et demeurent de tels objets. Mais cette ob-stance objective n’est plus qu’une conséquence de ce se-tenir-pour-soi antécédent dont on a parlé - et non plus celui-ci même, qui s’est enfui d’elles. Les oeuvres sont certes là, mais elles se dressent purement et simplement en tant qu’ob-jets. Toute exploitation organisée de l’art, serait-elle même poussée à l’extrême s’affairerait-elle même au service des seules oeuvres, ne peut jamais atteindre qu’à l’être-objet des oeuvres. Mais celui-ci n’est pas leur être oeuvre (Hw. 30)

Ainsi la tâche de notre première partie préparatoire est-elle remplie. Le chemin du questionnement de l’origine de l’oeuvre d’art est un cours circulaire. "Origine" signifie le fondement qui rend possible et nécessaire l’oeuvre d’art en son essence. Le point de départ de la question doit être pris dans l’être-oeuvre de l’oeuvre, non pas dans son être-produit par l’artiste ou dans son être-objet pour l’exploitation organisée de l’art.

Submitted on:  Wed, 28-Mar-2007, 08:55