histoire de la philosophie

Category: Heidegger en français
Submitter: Murilo Cardoso de Castro

histoire de la philosophie

história da filosofia

Si l’on se satisfait parfaitement de voir se manifester de telles oppositions, ici l’être, là le devenir, c’est qu’ainsi on peut déjà attester dès le commencement de la philosophie ce qui est censé se poursuivre à travers toute son histoire, à savoir que là où un philosophe dit A, l’autre dit B, ce qui n’empêche pas celui ci de dire A lorsque le premier dit B. En revanche si quelqu’un assure que, dans l’histoire de la philosophie, tous les penseurs disent au fond la même chose, c’est là une prétention qui déconcerte le sens commun. A quoi sert encore l’histoire multiforme et embrouillée de la philosophie occidentale, si tous disent en fin de compte la même chose? En ce cas, il suffit d’une philosophie. Tout est toujours déjà dit. Mais ce « la même chose » a justement et cela constitue sa vérité interne la richesse inépuisable de ce qui est chaque jour comme si c’était son premier jour. [GA40 106]

Chaque penseur pense seulement une unique pensée. Cela aussi distingue essentiellement la pensée des sciences. Le chercheur a toujours besoin de nouvelles découvertes et de nouvelles idées, ou bien la science tombe dans la stagnation et la fausseté. Le penseur a besoin seulement d’une unique pensée. Et la difficulté pour le penseur est de retenir cette unique, cette seule pensée, comme ce qui est pour lui la seule chose qu’il faille penser ; c’est de penser cet Unique et ce Même, et de parler de ce Même de façon convenable. Or, nous ne parlons du Même d’une façon décente que si nous disons toujours le Même du Même, et ce de telle sorte que nous soyons nous mêmes pris dans la requête du Même. C’est pourquoi l’absence de limites du Même est pour la pensée la plus tranchante limitation. [GA8 47]

Pour Hegel, la loi d’un dialogue avec l’histoire de la philosophie est de pénétrer dans la vigueur et dans toute l’étendue de ce qu’on a pensé avant nous. Ce n’est pas par hasard que Hegel présente sa maxime au cours d’un dialogue avec Spinoza et avant un dialogue avec Kant (Science de la. Logique, liv. 111; Lasson, vol. 11, p. 216 et suiv.). Chez Spinoza, llegel découvre, à son degré d’achèvement, le « point de vue de la substance », qui pourtant ne peut être le point de vue suprême, parce que l’être, dès le début, n’est pas encore pensé, tout autant et résolument, comme Pensée qui se pense elle-même. Perçu comme substance et substantialité, l’être ne s’est pas encore déployé pour devenir le sujet dans son absolue subjectivité. Toutefois, la pensée tout entière de l’idéalisme allemand est sans cesse attirée par Spinoza, et en même temps rendue par lui contradictoire, parce qu’il fait commencer la pensée avec l’absolu. En revanche, le chemin suivi par Kant est différent et, pour la pensée de l’idéalisme absolu et même pour la philosophie en général, il est d’une importance beaucoup [283]
coup plus décisive encore que celle du système de Spinoza. Dans la théorie kantienne de la synthèse originelle de l’aperception, Hegel voit « l’un des principes les plus profonds du développement spéculatif a (loc. cit., p. 227). Quant à la vigueur des penseurs, Hegel la trouve dans ce qu’ils ont pensé, pour autant que leur pensée peut être engloutie (aufgehoben), à titre d’autant de degrés, dans la Pensée absolue. Cette Pensée n’est elle-même absolue que parce qu’elle se meut dans son processus dialectico-spéculatif, ce qui requiert une gradation.
Pour nous, la loi d’un dialogue avec la tradition historique est la même, pour autant qu’il s’agit de pénétrer dans la vigueur de la pensée d’autrefois. Seulement nous ne cherchons pas cette vigueur dans ce qui a été déjà pensé, mais dans un impensé d’où le pensé reçoit le lieu de son essence. Mais le déjà-pensé est seul à pouvoir préparer l’encore-impensé qui, toujours à nouveau, retourne à sa surabondance. La loi qui nous vient de l’impensé ne conduit pas à intégrer la pensée d’autrefois dans un développement qui la dépasse en ne cessant pas de s’élever, et dans la systématisation qui le représente. Elle requiert au contraire que la pensée qui nous a été transmise soit libérée et qu’elle puisse ainsi revenir à ce qui pour elle est encore en réserve : à ce qui n’a jamais cessé d’être [NT: Die Freilassung... in sein noch aufgespartea Gewesenes. - Sur Gewesen, cf. Essais et conférences, p. 6 et 348] - à ce qui régit entièrement la tradition dès les débuts de celle-ci et qui lui est toujours antérieur, sans être, toutefois, pensé expressément, ni reconnu comme l’origine. [Q12]

Submitted on:  Sun, 19-Feb-2006, 13:40