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parole

Definition:
Wort
palavra
word
palabra

Tout d’abord les paroles ont facilement l’air de termes. Les termes, de leur côté, quand ils sont prononcés, ont d’abord l’air de vocables. Ceux ci à leur tour sont d’abord une sonorité. Cette sonorité est perçue par les sens. Le sensoriel passe pour donnée immédiate. Au son du mot se rattache sa signification. Cette seconde partie du mot n’est pas perceptible par les sens. Le non sensible dans les mots, c’est leur sens, leur signification. C’est pourquoi on parle d’actes constitutifs du sens, qui équipent d’un sens le son du mot. Les mots sont alors ou bien pleins de sens, ou bien plus ou moins remplis de signification. Les mots sont comme des seaux ou des fûts, d’où on peut puiser un sens.
Dans un dictionnaire élaboré selon la méthode scientifique, ces « réservoirs » de sens sont rangés alphabétiquement et chacun à tour de rôle est enregistré et défini en fonction de ces deux éléments
forme-son et contenu-sens. Quand nous prêtons une attention particulière au dire du mot, nous nous en remettons au dictionnaire. Du moins semble-t-il bien tout d’abord en être ainsi. Ce « tout d’abord » détermine même d’avance et entièrement la manière courante de se représenter l’attention que l’on porte à un mot. C’est ainsi qu’on en arrive à juger, sur la base de cette représentation, de la méthode d’une pensée qui prête attention aux mots. On juge de la méthode soit en l’agréant, soit en la repoussant, mais toujours avec des réserves. Quel que soit le verdict, il s’agit toujours de jugements « en l’air », tant que ce qui leur sert de fondement n’a pas été éclairci. Car ils se fondent sur ce « tout d’abord », selon lequel les termes ne se montrent que comme termes - ce qui veut dire en réalité qu’ils apparaissent comme des fûts et des seaux - et se montrent tels non pas seulement de façon provisoire, mais aussi de façon absolue. Qu’en est-il de ce fameux « tout d’abord » ?
Ce que nous rencontrons « tout d’abord », ce n’est pas le Proche, mais toujours l’habituel. L’habituel possède en propre cet effrayant pouvoir, de nous déshabituer d’habiter dans l’essentiel et souvent de façon si décisive qu’il ne nous laisse plus jamais parvenir à y habiter.
Lorsque nous entendons, immédiatement, quelque chose immédiatement dit, nous n’entendons alors « tout d’abord » ni les paroles comme des termes, ni non plus les termes comme de simples sonorités. Pour entendre la pure sonorité d’un simple phonème, il faut auparavant que nous nous soyons désaisis de toute compréhension et de toute incompréhension de ce qui est prononcé. Nous ne devons plus regarder à tout cela, il faut nous en abstraire, pour retirer seulement de ce qui est prononcé la pure sonorité phonétique et afin de recevoir ce qui a été ainsi retiré pour soi même, acoustiquement, dans notre oreille. La sonorité, qui dans le champ de conception de ce prétendu « tout d’abord » passe pour donnée immédiate, est une fiction abstraite, et lorsqu’on écoute ce qui est prononcé elle n’est jamais saisie pour elle-même, ni jamais saisie « tout d’abord ».
Le vocable prétendu purement sensible, en tant qu’on le représente comme simple sonorité, c’est l’Abstrait. La pure sonorité phonétique n’est jamais la donnée immédiate du vocable. La sonorité n’est jamais obtenue que par une médiation, que par cet acte d’abstraction presque contre nature. Là même où ce que nous entendons est parlé dans une langue qui nous est totalement étrangère, ce ne sont jamais de purs phonèmes que nous entendons, en tant que sonorités simplement données sensoriellement, mais bien des paroles incompréhensibles. Or, entre la parole incompréhensible et l’abstraction de la simple sonorité acoustiquement saisie, il y a l’abime d’une différence d’être.
Mais ce ne sont jamais non plus de simples termes qui nous sont « tout d’abord » donnés, lorsque nous entendons ce qui est parlé. En l’entendant, nous nous tenons dans l’espace de jeu de ce qui est parlé, où résonne la voix muette de ce qui est dit. C’est du sein de cet espace, dont l’être est par nous à peine entrevu et encore bien moins pensé, que s’ouvrent les paroles qui sont parlantes dans ce qui est parlé, et qui ne ressortent expressément pas.
Les paroles ne sont pas des termes, et en tant que tels semblables à des seaux et à des tonneaux, d’où nous puiserions un contenu existant. Les paroles sont des sources que le dire creuse davántage, des sources qu’il faut toujours de nouveau trouver, de nouveau creuser, qui s’encombrent facilement, mais qui de temps en temps jaillissent aussi à l’improviste. Sans un retour continuel aux sources, les seaux et les tonneaux demeurent vides, ou leur contenu demeure éventé.
Faire attention au dire des paroles, c’est essentiellement autre chose qu’il n’y paraît « tout d’abord », c’est à dire tout autre chose que de s’occuper simplement des termes. Voilà pourquoi faire attention au dire des paroles est particulièrement difficile à nous autres modernes, parce que nous ne nous séparons qu’avec peine de ce fameux « tout d’abord » de l’habituel, et que si nous avons réussi une fois à nous en séparer, nous y retombons trop facilement. [GA8 140]

Submitted on 20.07.2019 23:29
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