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essence

Definition:
Wesen

La science ne veut rien savoir du rien. Mais non moins certain demeure ceci : que là où elle tente d’exprimer sa propre essence, elle appelle le rien à l’aide. Ce qu’elle rejette, elle y fait recours. Quelle essence discordante se dévoile donc ici ? QQMETA: Le déploiement d’une interrogation métaphysique

Ainsi, nul besoin même du refus opposé par la science. La règle fondamentale et communément reçue de la pensée en général, le principe de contradiction à éviter, la "logique" universelle, réduisent cette question à néant. Car la pensée, qui est toujours essentiellement pensée de quelque chose, devrait, comme pensée du rien, contrevenir à sa propre essence. QQMETA: L’élaboration de la question

Ce n’est que sur le fond de la manifestation originelle du rien que l’être-là de l’homme peut aller à l’étant et pénétrer en lui. Mais en tant que l’être-là, selon son essence, se rapporte à de l’étant, celui qu’il n’est pas et celui qu’il est lui-même, il provient, comme être-là tel, à chaque fois déjà du rien manifeste. QQMETA: La réponse à la question

Se tenant instant dans le rien, l’être-là est à chaque fois déjà au-delà de l’étant dans son ensemble. Cet être-au-delà, nous l’appelons la transcendance. Si, au fond, dans son essence, l’être-là ne transcendait pas, nous dirons maintenant : s’il ne se tenait pas, dès le départ, instant dans le rien, il ne pourrait jamais se rapporter à de l’étant, ni même, de ce fait à soi. QQMETA: La réponse à la question

"L’être pur et le rien pur, c’est donc le même." Cette formule de Hegel (Science de la Logique, livre I, WW III, p. 74) est juste. Être et rien sont dans une appartenance réciproque, non toutefois parce que l’un et l’autre — du point de vue du concept hégélien de la pensée — s’accordent dans leur indétermination et leur immédiateté, mais parce que l’être lui-même est fini dans son essence et ne se manifeste que dans la transcendance de l’être-là en instance extatique dans le rien. QQMETA: La réponse à la question

D’autre part, ce n’est pas à l’origine que revient cette analyse des vécus de l’artiste, mais à une "cause". Or origine et cause font deux. S’il y a une chaussure — pour autant que cette comparaison soit permise —, ce n’est pas parce qu’il y a des cordonniers, les cordonniers se sont au contraire eux-mêmes possibles que parce qu’est possible et nécessaire quelque chose comme l’habillement du pied. Or cela vaut de l’artiste en un sens plus essentiel encore. Les oeuvres d’art ne sont pas parce que des artistes en ont produites, mais des artistes ne peuvent être en tant que créateur que parce qu’est possible et nécessaire quelque chose comme des oeuvres d’art. Ce fondement qui rend possible et nécessaire l’essence de l’oeuvre et, d’emblée et du même coup, l’essence de l’artiste, c’est cela l’origine de l’oeuvre d’art (Hw. 7). OOA1935 I

Mais alors, nous est-il en général possible de saisir l’essence pure, absolue de l’oeuvre d’art ? Ou bien l’oeuvre, du fait même d’une telle saisie, ne devient-elle pas à nouveau relative à quelque chose ? Assurément — mais la question est de savoir dans quelle relation elle entre alors. Quoi qu’il en soit, à supposer que cette saisie de l’être- oeuvre de l’oeuvre soit possible, la tâche demeure justement de saisir l’oeuvre d’art (Hw. 30). OOA1935 I

Nous devons alors nécessairement être sûrs d’une chose : de ce que nous visons bien quelque chose comme un oeuvre d’art, et non pas un quelconque produit ; nous devons donc nécessairement savoir d’emblée en quoi consiste l’essence de l’oeuvre d’art. L’essence — ce fondement qui rend possible et nécessaire l’oeuvre d’art en ce qu’elle est. Seulement, ce fondement qu’il nous faut connaître afin de partir avec certitude de l’oeuvre d’art et de parvenir ainsi jusqu’à son origine, c’est là justement l’origine elle-même. Ce que nous cherchons, nous devons déjà l’avoir, et ce que nous avons, c’est cela que nous devons chercher. Le chemin où nous nous engageons alors est un mouvement circulaire. Cette difficulté, qui veut que ce soit seulement à la fin de nos expositions que nous sommes préparés au bon commencement, est inévitable et doit être proprement conçue comme telle (Hw. 7-8). OOA1935 I

Mais pourquoi porter une oeuvre à sa tenue est-il l’installer au sens de ce geste de dresser qui consacre et glorifie ? Parce que l’installation demeure seule conforme à l’essence de l’oeuvre, s’il est vrai que l’oeuvre est en soi et en son essence installante. Qu’installe donc l’oeuvre elle-même — en son être-oeuvre — et comment l’installe-t-elle ? (Hw. 33). OOA1935 II

L’oeuvre — tandis qu’elle surgit dans son monde — se re-plonge dans la massivité et la pesanteur de la pierre, dans la solidité et la souplesse du bois, dans la dureté et l’éclat du métal, dans le lumineux et le sombre de la couleur, dans l’explosion du son et la force nommante du mot. Mais tout cela n’est pas un matériau qui serait tout juste utilisé — et ensuite usé — lors de l’apprêtement, n’est pas un "matériau" qui n’attendrait que d’être dominé et porté à la disparition. Au contraire ! C’est justement dans ce que nous mésinterprétons au titre de "matériau" que vient tout d’abord au paraître le poids du roc, l’éclair et le scintillement des métaux, la haute stature de l’arbre, la lumière du jour, le bruissement des vagues et le silence de la nuit. C’est l’oeuvre qui pour la première fois pro-duit tout cela dans l’ouvert. Et l’ainsi pro-duit, nous le nommions déjà : la terre. Il convient donc maintenant de suggérer brièvement l’essence de celle-ci (Hw. 34-35). OOA1935 II

La terre fait ricocher sur elle toute pénétration en elle. Elle transforme toute percée seulement calculatrice en destruction, laquelle n’est qu’en apparence une maîtrise, mais au fond une impuissance. Ouverte là en tant qu’elle même, la terre ne l’est que lorsqu’elle est gardée et préservée comme cette terre essentiellement non ouvrable qui recule devant tout acte d’ouverture, c’est-à-dire qui se tient constamment refermée. Et telle est l’essence de la terre : ce qui, essentiellement, se referme. Physis kryptesthai philei — ce qui se lève a pour empressement de se tenir refermé. Toutes les choses de la terre — elle-même en son tout — confluent en un réciproque unisson, et pourtant, en chacune des choses qui se referment, se déploie la même in-connaissance mutuelle (Hw. 36). OOA1935 II

Mais d’où cette détermination d’essence, et elle justement, vient-elle à l’oeuvre ? Nous posons ici la question de l’origine de l’oeuvre d’art, et cela désormais en prenant notre point de départ dans l’oeuvre elle-même. Or selon son pré-concept, plus haut élucidé, l’origine est ce fond qui rend possible et nécessaire l’essence de l’oeuvre. Ce fondement est manifestement autre chose que ce qui est en lui. Aussi convient-il de nous mettre d’abord en quête de cet autre, de ce à quoi l’oeuvre comme oeuvre appartient. Nous demandons donc : Qu’est-ce qui, dans l’oeuvre elle-même, mais en même temps par-delà elle, est en oeuvre ? OOA1935 II

Tenons-nous le temple, la statue, la tragédie présents. L’oeuvre est tandis que, installant le monde et pro-duisant la terre, elle dispute leur litige. Dans le litige, monde et terre se dis-socient, mais non sans désormais s’as-socier résolument l’un à l’autre. Le monde ouvert cherche à captiver la terre dans un ajointement mondain ; la terre attire en retour le monde en soi et l’entraîne vers son fond obscur. Dans cet disjonction conjoignante du litige s’ouvre un ouvert. Nous l’appelons le Là. Il est l’espace de jeu éclairci où, pour la première fois, s’engage et apparaît l’étant singulier en tant qu’ainsi ou ainsi manifeste. Cet être-ouvert du Là est l’essence de la vérité. Les Grecs la nommèrent a-lètheia (hors-retrait). C’est là seulement où l’être-ouvert du Là se produit que la terre peut se presser, en tant que celle qui se referme, vers un ouvert ; c’est là seulement où l’être-ouvert du Là — la vérité — advient que le monde peut être ouvert comme l’in-jonction signifiante de ce qui est enjoint. Mais lorsque l’étant apparaît comme tel, alors et aussitôt ce qui était jusqu’ici bien connu se révèle n’être que surface, apparence, confusion. Inséparables du devenir-manifeste de l’étant, le recouvrement et la dissimulation viennent au jour, c’est-à-dire qu’apparaît la non-vérité. Elle co-appartient constamment à la vérité comme la vallée à la montagne. Mais, tout aussi immédiatement, se dégage avec le non-retiré cela même qui se referme, ce retiré que tout être-ouvert tire à chaque fois vers l’ouvert comme sa limite. C’est seulement si nous parvenons à apercevoir tout cela ensemble : le hors-retrait de ce qui est à chaque fois justement ouvert, le recouvrement et la dissimulation, ce qui se referme et ce qui se retire absolument, que nous saisissons les rapports essentiels de ce qui appartient à un être ouvert, c’est-à-dire à l’essence de la vérité (Hw. 39-44). OOA1935 II

Tandis que l’oeuvre soutient le litige entre le monde terrestrement ouvert et la terre se refermant mondainement rien d’autre n’est en oeuvre, en elle comme oeuvre, que l’advenir d’une ouverture du Là — c’est-à-dire de la vérité. Dans l’oeuvre, un advenir de la vérité est mis en oeuvre. Et cette mise-en-oeuvre de la vérité est l’essence de l’art. L’art, ainsi, est une guise en laquelle la vérité advient, l’ouvrir du Là dans l’oeuvre (Hw. 49). OOA1935 II

Le monde est la jointure signifiante de ces rapports où sont ajointés toutes les décisions essentielles, les victoires, les sacrifices et les oeuvres d’un peuple. Le monde n’est jamais le "monde de tout le monde" d’une humanité en général, et pourtant tout monde désigne toujours l’étant en son tout. Son monde — c’est à chaque fois pour un peuple ce qui lui est dévolu. Tandis que cette tâche s’ouvre dans le pressentiment et dans le courage du sacrifice, dans l’agir et le concevoir, le peuple est captivé dans son avenir — il est avenant. Et c’est seulement s’il devient avenant que s’ouvre en même temps à lui ce qui lui a déjà été donné et ce qu’il a lui-même déjà été. Emporté dans ce qui lui est à venir et re-porté dans ce qu’il a lui-même déjà été, il se porte jusqu’à son présent. Ce provenir en soi unitaire est l’essence de l’histoire. L’histoire n’est pas le passé, et encore moins le présent, mais, de manière primaire et décisive, le sur-saut qui s’empare de ce qui est dévolu. Seul ce qui est au fond avenant est véritablement "été" et comme tel présent. L’être-ouvert du Là, la vérité n’est que comme histoire. Et ne peut jamais être historial, c’est-à-dire avenant-étant-été-présent au sens indiqué, qu’un peuple. Celui-ci assume la charge d’être le Là. Des lignées et des souches ne peuvent surgir et co-exister en l’unité d’un peuple que si elles se saisissent du dévolu, c’est-à-dire deviennent historiales en tant qu’avenantes. Cependant, le Là ne peut être assumé et soutenu que si son ouverture est proprement oeuvrée, et cela à chaque fois selon l’ampleur, la profondeur et l’orientation de cet acte d’ouvrir. Or l’art en tant que la mise en oeuvre de la vérité est une guise unique en laquelle l’ouverture du Là est oeuvrée et la possibilité d’être ce Là fondée. L’art n’"a" pas d’abord une histoire en ce sens extérieur qu’il surviendrait, à travers les vicissitudes du temps, parmi bien d’autres étants également changeants, mais il est histoire en ce sens essentiel qu’il co-fonde l’histoire (Hw. 64). OOA1935 II

D’où l’oeuvre reçoit-elle sa déterminité d’essence ? Telle est la question auprès de laquelle nous séjournons. Elle nous a conduit à la question préalable : à quoi l’oeuvre appartient-elle en tant que telle ? La réponse est maintenant celle-ci : l’oeuvre appartient à un provenir de la vérité. La guise propre à ce provenir a été saisie comme mettre-en-oeuvre de la vérité. Et celui-ci a été revendiqué comme l’essence de l’art. L’oeuvre — entendons l’oeuvre d’art — appartient ainsi à l’art, ou, plus brièvement : l’oeuvre d’art "est" une oeuvre d’art. On considère ordinairement de telles propositions comme des lieux communs, et celle qu’on vient d’énoncer en serait en effet un si nous nous bornions à répéter deux fois le même mot sans réfléchir. Il ne s’agit cependant plus du tout d’un lieu commun si nous savons à chaque fois, ou même seulement si nous demandons ce que c’est qu’une oeuvre et ce que c’est que l’art. Et alors, l’apparence du lieu commun devient un nouveau signe de ce que nous savons déjà, c’est-à-dire du fait que nous nous mouvons constamment en cercle (Hw. 8). OOA1935 II

Celui qui proposerait de dériver de quelque part l’essence de l’oeuvre d’art en évitant le mouvement circulaire, celui-là pourtant tricherait ; car il lui faut nécessairement toujours déjà savoir ce que l’art est. Quant à celui qui voudrait établir l’essence de l’oeuvre d’art à coup de constatations opérées sur des oeuvres d’art présentes sous la main, celui-là succomberait à une illusion ; car il lui faut toujours déjà avoir décidé ce qu’une oeuvre d’art est. Les démarches citées, la dérivation ("déduction") et la constatation ("induction") sont toutes deux également aberrantes (Hw. 8). OOA1935 II

Pour apporter une réponse à cette question, il est besoin d’une nouvelle précision au sujet de l’essence de l’art. Pour cela, nous nous en tiendrons à la délimitation déjà fournie : l’art est la mise-en-oeuvre de la vérité. L’art porte au provenir, dans la guise à lui propre, la vérité, l’être-ouvert du Là, où seulement s’engage tout étant en tant que tel. C’est dans l’art qu’advient pour la première fois de la vérité. Celle-ci, par conséquent, n’"est" pas sous la main n’importe où, pour être après coup transplantée dans une oeuvre apprêtée dont on dire ensuite qu’elle présente un idée ou une pensée — mais : l’art est un advenir de la vérité OOA1935 II

En tout projet poétique, est libéré un ouvert, cet "autrement qu’autrement" qui non seulement ne survient nulle part au sein de l’étant sous-la-main, mais encore demeure inaccessible à toute prétention de celui-ci. Le projeter est toujours un excédent. La poésie est libre donation et dispensation : une fondation. Et pourtant, il s’en faut que l’essence de la poésie, c’est-à-dire l’art soit épuisée par sa détermination comme projet (Hw. 62). OOA1935 II

Le fondement de la nécessité de l’oeuvre se trouve dans l’essence de l’art comme poésie. Celle-ci est fondation comme instauration du litige — comme commencement. Ainsi pouvons-nous apercevoir ceci : l’art est poésie et comme tel, fondation en un triple sens : comme dispensation, comme re-fondation, comme commencement (Hw. 62-63). OOA1935 II

Mais pourquoi faut-il que soit un tel provenir de la vérité, pourquoi faut-il que soit l’art en tant que poésie ? Réponse : parce que l’essence de la vérité comme hors-retrait inclut le re-trait. Celui-ci est aussi bien recouvrement (non-vérité) que, aussi, simple fermeture et, avec elle, limite de l’être-ouvert comme tel. À la vérité appartient le re-fermement, c’est-à-dire la terre. Celle-ci se refuse à tout assaut dissolvant. En elle, tout être-ouvert trouve sa borne. Mais cette borne, loin d’être extérieure à lui, est précisément ce qui borde l’être-ouvert, qui s’engage en lui, qui le porte et qui le lie ; c’est-à-dire que la vérité est essentiellement terrestre. OOA1935 II

Mais qu’est-ce enfin que cela : commencer ? Réponse : faire le saut dans l’origine. Celle-ci n’est pas constituée par là, mais l’advenir de la vérité est enduré dans le fonder poétique. Or telle est l’essence du créer : capturer dans le projet en le supportant, soutenir le litige qui se lève dans l’oeuvre, in-sister dans le domaine insolite de la vérité nouvelle, faire le saut dans un milieu du Da-sein qui ne se détermine que dans le saut lui-même. Le créer ne se produit que dans la solitude d’une unicité singulière. Par elle, la vérité du Dasein historial d’un peuple est décidée. OOA1935 II

Dans l’essence de l’être-oeuvre comme disputation du litige se trouve le fondement de la nécessité du trait qui ouvre et en général du tracer, c’est-à-dire de ce que nous appelons la "forme" à laquelle est ensuite porté tout ce qui par rapport à elle devient "matériau". Cependant, la formation artisanale du matériau, son apprêtement n’est rien d’indifférent, précisément parce que le produire est requis par l’essence du créer. Cet ouvragement du "matériau" a sa grandeur propre, qui consiste en ce que, dans l’oeuvre se-tenant-là, il fait silence sur la peine et le désespoir, mais aussi sur l’impétuosité et le plaisir qui lui sont propres ; en revanche le simple apprêtement ne saurait en aucun cas devenir par lui-même un création sous prétexte (par exemple) que le produit, à partir d’un certain degré de "qualité", se transformerait en oeuvre d’art. Car ici encore est le saut. OOA1935 II

Dans le contexte de la méditation le plus vaste, et en un sens définitive, sur l’essence de l’art que possède l’Occident, les Leçons sur l’Esthétique de Hegel, se rencontre cette proposition : "Mais nous n’avons plus un besoin absolu de porter un contenu à la présentation sous la forme de l’art. L’art, considéré du côté de sa plus haute destination, est pour nous quelque chose de passé" (S.W., t. X-1, p. 16) (Hw. 66). OOA1935 II

La phrase de Hegel : "Mais nous n’avons plus un besoin absolu de porter un contenu à la présentation sous la forme de l’art", demeure vraie. Cependant, cela doit devenir une question de savoir si cette vérité est définitive. Autrement dit : de savoir si les présuppositions internes de cette phrase, si la conception traditionnelle de l’essence de l’art comme présentation subsistent pour toujours ou bien si elles doivent nécessairement être métamorphosées de fond en comble (Hw. 67). OOA1935 II

Jusqu’ici nous avons compris le mot « essence » (Wesen) dans sa signification courante. Dans le langage philosophique de l’École, « essence » veut dire : ce que quelque chose est, en latin quid. La quiddité [NT: Die quidditas, die Was heif] répond à la question concernant l’essence. Ce qui, par exemple, convient à toutes les espèces d’arbres, au chêne, au hêtre, au bouleau, au sapin, est la même « arboréité ». Dans celle ci entendue comme genre commun, comme « universel », rentrent les arbres réels et possibles. [GA7, pg. 39]

Déjà, quand nous disons Hauswesen (les affaires de la maison) ou Staatswesen (les choses de l’état), nous ne pensons pas à la généralité d’un genre, mais à la façon dont la maison ou l’état exercent leur puissance, s’administrent, se développent et dépérissent. C’est la façon dont ils déploient leur être (wie sie wesen). Dans un poème que Goethe aimait particulièrement et qui est intitulé Un fantôme rue Kanderer, J. P. Hebel emploie le vieux mot die Weserei : il signifie la mairie, pour autant qua la vie de la commune s’y rassemble et que l’existence villageoise y demeure en mouvement, c’est à dire s’y déroule (west). C’est du verbe wesen que le nom [NT : au sujet du verbe wesen et du nom Wesen, cf. N. du Tr., 1. Le substantif Wesen, « être, essence », a des acceptions variées, dont celles de « manière d’être ou d’agir » et de « tout ce qui concerne » quelque chose] dérive. Wesen comme verbe est la même chose que währen (durer) : non seulement sous le rapport du sans, mais aussi en ce qui concerne sa constitution phonétique [ Währen (view: haut allemand werên) a été expliqué comme forme « durative » construite sur wesan, qui deviendra wesen. Cf. plus bas p. 55]. Socrate et Platon pensent déjà l’essence (Wesen) de quelque chose comme ce qui est (als das Wesende) au sens de ce qui dure. Pourtant, ils comprennent ce qui dure au sens de ce qui perdure (aei ón). Mais ce qui perdure, ils le trouvent dans ce qui demeure et se maintient quoi qu’il advienne. Ce qui demeure à son tour, ils le découvrent dans l’aspect (eidos, idea), par exemple dans l’idée de « maison ». [GA7, pg. 41]

Dans le cours de la Métaphysique s’accomplit une méditation sur l’essence de l’étant, en même temps que se décide de manière déterminante le mode d’advenance de la vérité. La Métaphysique fonde ainsi une ère, lui fournissant, par une interprétation déterminée de l’étant et une acception déterminée de la vérité, le principe de sa configuration essentielle. Ce principe régit de fond en comble tous les phénomènes caractéristiques de cette ère. Aussi, une méditation suffisamment exhaustive de ces phénomènes doit-elle pouvoir, inversement, faire entrevoir à travers eux ce principe. Reprendre par une méditation plus originelle, c’est ici le courage de mettre en question la vérité de nos propres postulats et de faire de la région de nos propres objectifs ce qui est le plus digne d’être mis en question. 2 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 99

Une telle méditation n’est ni nécessaire pour tous, ni possible pour tous, ni seulement supportable par tous. Au contraire, l’absence de méditation fait bien partie des différentes étapes du parachèvement et de l’exploitation organisée requis par l’époque. Cependant, le questionnement de la méditation ne tombe jamais dans le vide, parce que, dès l’abord, il pose la question de l’être. L’être reste pour la méditation ce qu’il y a de plus digne à mettre en question. Dans l’être, la méditation trouve une résistance suprême qui l’engage à s’acquitter de l’étant venu dans la lumière de son être. La méditation de l’essence des Temps Modernes place la pensée et l’action dans la sphère vive des forces essentielles propres à cet âge. Celles-ci agissent, telles qu’elles agissent, indépendamment de toute évaluation quotidienne. Face à elles, il n’y a que la disponibilité pour l’endurance, ou le repli dans l’anhistorial. Cependant, il ne suffit pas, à cet effet, de dire oui, par exemple à la technique, ou bien, à partir d’une position incomparablement plus essentielle, de poser d’une manière absolue la " mobilisation totale ", une fois qu’elle est reconnue comme telle. Il s’agit avant tout et toujours de comprendre l’essence de notre âge à partir de la vérité de l’être qui y déploie son règne, parce qu’ainsi seulement s’éprouve du même coup le plus digne de questionnement qui seul donne de fond en comble maintien et cohésion - à une création s’ouvrant sur l’avenir, création laissant sur place tout ce qui est simplement là (das Vorhandene) pour faire advenir la transformation de l’homme comme une nécessité jaillissant de l’être même. Aucune époque ne se laisse mettre de côté par une simple négation : celle-ci n’élimine que le négateur. Les Temps Modernes, pour pouvoir seulement être endurés à l’avenir dans leur essence, exigent de la part de la méditation et en vertu de leur essence une profondeur et une portée à la préparation desquelles nous autres d’aujourd’hui pourrons peut-être contribuer, mais dont nous ne saurions en aucun cas prétendre venir à bout dès maintenant. 5 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 1 page 126-127

Un phénomène essentiel des Temps Modernes est la science. Un phénomène non moins important quant à son ordre essentiel est la technique mécanisée. Il ne faut pourtant pas mésinterpréter celle-ci, en ne la comprenant que comme pure et simple application, dans la pratique, des sciences mathématisées de la nature. La technique est au contraire elle-même une transformation autonome de la pratique, de telle sorte que c’est plutôt cette dernière qui requiert précisément la mise en pratique des sciences mathématisées. La technique mécanisée reste jusqu’ici le prolongement le plus visible de l’essence de la technique moderne, laquelle est identique à l’essence de la métaphysique moderne. 7 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 99-100

Quelle acception de l’étant et quelle ex-plication de la vérité se trouvent à l’origine de ces phénomènes ? Nous limitons la question au premier phénomène cité, la science. Quelle est, sur quoi repose l’essence de la science moderne ? Quelle acception de l’étant et de la vérité fonde cette essence ? Si nous réussissons à toucher le fond métaphysique qui fonde la science en tant que moderne, il doit être alors possible d’entrevoir à partir de lui l’essence propre de tous les Temps Modernes. 15 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 101

Lorsque de nos jours nous employons le mot de science, ce mot signifie quelque chose d’essentiellement différent aussi bien de la doctrina et de la scientia du Moyen Age que de grecque. La science grecque n’a jamais été une science exacte, et cela pour la raison qu’en son essence elle ne pouvait etre exacte et n’avait pas besoin de l’être. C’est pourquoi il est insensé de dire que la science moderne est plus exacte que celle de l’Antiquité. De même, on ne peut pas plus dire que la doctrine galiléenne de la chute libre des corps est vraie, et que celle d’Aristote, qui enseigne que les corps légers lévitent vers le haut, est fausse ; car l’acceptation grecque de la nature du corps et du lieu, et de la relation des deux, repose sur une autre ex-plication de l’étant et conditionne par conséquent une autre façon de voir et de questionner les phénomènes naturels. Il ne viendrait à l’idée de personne d’affirmer que la poésie de Shakespeare fût en progrès sur celle d’Eschyle. Mais il est encore plus impossible de dire que l’appréhension moderne de l’étant est plus correcte que l’appréhension grecque. Si donc nous voulons comprendre l’essence de la science moderne, il nous faut avant tout nous libérer de l’habitude que nous avons de ne distinguer la science moderne de l’ancienne que par une différence de degré d’après le point de vue du progrès. 17 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 101-102

L’essence de ce qu’on nomme aujourd’hui science, c’est la recherche. En quoi consiste l’essence de la recherche ? En ce que la connaissance s’installe elle-même, en tant qu’investigation, dans un domaine de l’étant, la nature ou l’histoire. Par investigation, il ne faut pas seulement entendre la méthode, le procédé ; car toute investigation nécessite un déjà ouvert à l’intérieur duquel son mouvement devient possible. Or c’est précisément dans l’ouverture d’un tel secteur d’investigation que consiste le processus fondamental de la recherche. Il s’accomplit par la projection, dans une région de l’étant, par exemple la nature, d’un plan déterminé des phénomènes naturels. Le projet (Entwurf) marque ainsi d’avance les jalons sur lesquels devra se guider, dans le secteur une fois ouvert, la reconnaissance investigatrice. Être lié par un tel jalonnement constitue la rigueur de la recherche. Par le projet du plan et par la détermination de la rigueur, l’investigation s’assure ainsi, à l’intérieur de la région de l’être, son secteur d’objectifs. Un coup d’oeil sur la plus ancienne et en même temps la plus normative des sciences modernes, la physique mathématique, éclaircira ce que nous voulons dire. Dans la mesure ou la physique nucléaire actuelle reste elle aussi une physique, l’essentiel de notre propos - et c’est ici tout ce que nous avons en vue - vaudra également pour elle. 19 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 102

On entendra par là tout d’abord le phénomène selon lequel une science, qu’elle soit science de la nature ou science de l’esprit, n’atteint de nos jours vraiment à l’autorité de science que lorsqu’elle est devenue capable de s’organiser dans des instituts. Pourtant, la recherche n’est pas mouvement organisé parce que son travail se fait dans différents instituts. Au contraire, ce sont les instituts qui sont nécessaires parce que la science comme recherche a, en elle-même, ce caractère de mouvement d’exploitation organisée. Le procédé qui conquiert les différents secteurs d’objectivité ne fait pas qu’amasser des résultats. Il se réorganise plutôt lui-même, à l’aide de ses résultats, pour une nouvelle investigation. Ainsi, dans l’installation matérielle qui permet à la physique la désintégration de l’atome est contenue toute la physique moderne depuis ses débuts. De même, les inventaires de sources de la recherche historique ne deviennent-ils mobilisables pour l’explication que si les sources elles-mêmes, en tant que telles, sont assurées à leur tour, et ceci par des explications historiques. Au cours de ces processus, le procédé de la science se fait toujours encercler par ses résultats. Il s’oriente de plus en plus sur les diverses possibilités d’investigation qu’il s’est lui-même ouvertes. Cette obligation de se réorganiser à partir de ses propres résultats, en tant que voies et moyens d’une investigation progressante, constitue l’essence du caractère d’exploitation organisée de la recherche. Ce caractère, à son tour, est la raison interne qui rend nécessaire son caractère " institutionnel ". 31 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 110

La science moderne se fonde et en même temps se spécialise dans les projets de secteurs d’objectivité déterminés. Ces projets se déploient dans le procédé correspondant, assuré par la rigueur. Le procédé, à son tour, s’organise en mouvement d’exploitation dans les centres de recherche. Projet et rigueur, procédé et organisation des divers centres, constituent dans leur interaction continuelle l’essence de la science moderne, et en font une recherche. Nous tentons de reprendre en une méditation l’essence de la science moderne afin d’en reconnaître le fond métaphysique. Quelle acception de l’étant et quel concept de la vérité font que la science puisse devenir recherche ? " 43 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 113

Si maintenant la science est, en tant que recherche, un phénomène essentiel des Temps Modernes, ce qui constitue le fond métaphysique de la recherche doit alors d’abord, et longtemps avant elle, déterminer toute l’essence des Temps Modernes. On peut bien voir l’essence des Temps Modernes dans le fait que l’homme se libère des attaches du Moyen Age pour trouver sa propre liberté. Mais cette caractérisation juste n’en reste pas moins superficielle. Elle a pour conséquences ces erreurs qui empêchent de saisir le fond essentiel des Temps Modernes et de mesurer, à partir de cette saisie, la portée de son déploiement. Sans doute les Temps Modernes ont-ils, par suite de l’émancipation de l’homme, amené le règne d’un subjectivisme et d’un individualisme. Mais il est tout aussi certain qu’aucune époque avant les Temps Modernes n’a produit un objectivisme comparable, et qu’en aucune époque précédente le non-individuel n’a eu tant d’importance, sous la forme du collectif. L’essentiel à retenir ici, c’est le jeu nécessaire et réciproque entre subjectivisme et objectivisme. Or, précisément, ce conditionnement réciproque renvoie à des processus plus profonds. 54 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 114-115

Le décisif, ce n’est pas que l’homme se soit émancipé des anciennes attaches pour arriver à lui-même, mais que l’essence même de l’homme change, dans la mesure où l’homme devient sujet. Ce mot de subjectum, nous devons à la vérité le comprendre comme la traduction du grec hypokeimenon. Ce mot désigne ce qui est étendu devant (das Vor-Liegende), qui, en tant que fond (Grund), rassemble tout sur soi. Cette signification métaphysique de la notion de sujet n’a primitivement aucun rapport spécial à l’homme et encore moins au " je ". 56 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 115

Si à présent l’homme devient le premier et seul véritable subjectum, cela signifie alors que l’étant sur lequel désormais tout étant comme tel se fonde quant à sa manière d’être et quant à sa vérité, ce sera l’homme. L’homme devient le centre de référence de l’étant en tant que tel. Or ceci n’est possible que si l’acception de l’étant change de fond en comble. Où ce changement apparaît-il ? Quelle sera, conformément à ce changement, l’essence des Temps Modernes ? " 58 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 115

Quand nous méditons l’essence des Temps Modernes, nous posons la question de la " conception moderne du monde " (neuzeitliches Weltbild). Et nous caractérisons alors cette " conception du monde " en la distinguant de la " conception médiévale du monde " et de la " conception antique du monde ". Mais pour quelle raison nous enquérons-nous d’une " conception du monde " lorsque nous tentons d’interpréter une époque ? Chaque époque de l’histoire a-t-elle donc sa " conception du monde ", et cela de telle sorte qu’elle se préoccuperait toujours déjà de cette " conception du monde " ? Ou bien ne serait-ce pas exclusivement une façon moderne de se représenter les choses que de s’enquérir de la " conception du monde " ? 60 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 115

A l’essence de l’image conçue (Bild) appartient la constance (Zusammenstand), le système. Par là, nous n’entendons cependant pas la simplification et l’assemblage artificiels et extérieurs du donné, mais l’unité de structure dans le représenté en tant que tel, unité se déployant à partir du projet de l’objectivité de l’étant. Au Moyen Age, un système est impossible, car ce qui est là seul essentiel, c’est l’ordre des correspondances, à savoir l’ordre de l’étant au sens de créé par Dieu et prévu en tant que tel. Le système est encore plus étranger au monde grec, encore que l’époque moderne parle, mais complètement à tort, du " système " platonicien ou aristotélicien. Le mouvement de l’organisation dans la recherche est une conformation et une installation déterminées du systématique, celui-ci déterminant du même coup -dans la réciprocité de leur rapport - l’installation. Là où le monde devient image conçue, le système exerce sa domination, et cela non seulement dans la pensée. Mais là où le système est conducteur, il y a toujours aussi la possibilité de la dégénérescence vers l’extériorité d’un système purement fabriqué et assemblé, ce qui arrive lorsque la force originelle du projet fait défaut. L’unicité - en soi-même différenciée - de la systématique chez Leibniz, Kant, Fichte, Hegel et Schelling n’est pas encore comprise. Sa grandeur réside en ce qu’elle se déploie non pas comme chez Descartes à partir du subjectum en tant qu’ego et substantia finita, mais, chez Leibniz, à partir de la monade -, chez Kant, à partir de la nature transcendantale, ancrée dans l’imagination, de la raison Finie ; chez Fichte, à partir du Je infini ; chez Hegel, à partir de l’Esprit comme Savoir absolu, et chez Schelling, à partir de la Liberté comme Nécessité de tout étant, ce dernier restant déterminé par la différence entre Fond et Existence. 68 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 6 page 131-133

L’interprétation moderne de l’étant est encore plus étrangère au monde grec. Un des énoncés les plus anciens de la Pensée grecque sur l’être de l’étant dit : To gar auto noein estin te kai einai. Cette phrase de Parménide veut faire entendre qu’à l’être appartient, parce que par lui requise et déterminée, l’entente de l’étant. L’étant, c’est l’épanouissement de ce qui s’ouvre, de ce qui, en sa présence, arrive à l’homme comme au présent, c’est-à-dire comme à celui qui s’ouvre lui-même à la présence des présents en la laissant entendre, l’entendant ainsi lui-même. L’étant n’accède point à l’être en ce que d’abord l’homme regarderait l’étant - par exemple au sens d’une représentation du genre de la perception subjective. C’est bien plutôt l’homme qui est regardé par l’étant, par ce qui s’ouvre à la mesure de la présence auprès de lui rassemblée. Regardé par l’étant, compris, contenu et ainsi porté dans et par l’ouvert de l’étant, pris dans le cycle de ses contrastes et signé de sa dissension : voilà l’essence de l’homme pendant la grande époque grecque. Voilà pourquoi cet homme, pour accomplir son assignation, doit rassembler ce qui s’ouvre en son ouverture (legein), le sauver (sozein) et le maintenir dans un pareil recueil tout en restant exposé aux déchirements du désarroi (aletheuein). L’homme grec est en tant qu’il est l’entendeur de l’étant ; voilà pourquoi le monde, pour les Grecs, ne saurait devenir image conçue (Bild). En revanche, que pour Platon l’étantité de l’étant se détermine comme eidos (ad-spect, " vue "), voilà la condition lointaine, historiale, souveraine dans le retrait d’une secrète médiation, pour que le Monde (Welt) ait pu devenir image (Bild). 76 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 118-119

L’homme est donc ici celui qui est à chaque fois présent (moi et toi, lui et eux). Mais cet ego ne coïnciderait-il pas avec l’ego cogito de Descartes ? Absolument pas. Car tout ce qui, chez Protagoras comme chez Descartes, détermine, avec une égale nécessité, les deux positions métaphysiques fondamentales, diffère essentiellement. L’essentiel d’une position métaphysique fondamentale comprend : 1) le mode sur lequel l’homme est homme, c’est-à-dire est lui-même ; le mode d’advenance de son ipséité, laquelle ne fait nullement un avec l’égoïté, mais se détermine à partir du rapport à l’être en tant que tel ; 2) l’interprétation de l’essence de l’être de l’étant ; 3) la projection de la vérité en son essence ; 4) le sens d’après lequel l’homme est - ici et là - mesure. 82 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 8 page 133-138

La position métaphysique fondamentale de Protagoras n’est qu’une restriction, et cela veut tout de même dire une conservation de la position fondamentale d’Héraclite et de Parménide. La Sophistique n’est possible que sur le fond de la sophia c’est-à-dire de l’acception grecque de l’être comme présence et de la vérité comme ouvert sans retrait (Unverborgenheit), lequel reste à son tour une détermination essentielle de l’être ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle le présent se détermine à partir de l’ouvert sans retrait, et la présence à partir du sans retrait comme tel. Combien Descartes est-il éloigné de l’origine de la pensée grecque, combien différente est l’interprétation de l’homme qui le représente comme sujet ? C’est précisément parce que dans la notion de subjectum résonne encore quelque chose de l’advenance grecque de l’être, de l’ hypokeisthai, de l’hypokeimenon, mais sous la forme d’une présence devenue méconnaissable et tombée hors de question (c’est-à-dire sous la forme de la sous-jacence constante de ce qui se trouve là-devant), qu’à partir de ladite notion, l’essence propre de la mutation de la position métaphysique fondamentale devient visible. 92 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 8 page 133-138

Si donc nous précisons le caractère d’image conçue du monde comme, pour l’étant, le fait d’être représenté, il nous faut, pour pouvoir saisir pleinement l’essence moderne de la représentation, entendre et sentir, à partir de cette notion usée de " représenter ", la force originelle de nomination de ce mot : amener devant soi en ramenant à soi (vor sich hin und zu sich her Stellen). Par là, l’étant arrive à une constance en tant qu’objet, et reçoit ainsi seulement le sceau de l’être. Que le monde devienne image conçue ne fait qu’un avec l’événement qui fait de l’homme un subjectum au milieu de l’étant. 104 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 120-121

" Mais comment les choses en viennent-elles à ce que ce ne soit pas sans attirer l’attention sur lui que l’étant se propose comme sujet et qu’à partir de là le subjectif acquière une préséance ? Car jusqu’à Descartes, et encore chez lui, sujet est la dénomination banale de tout étant comme tel, sub-jectum (hypo-keimenon) ce qui gît là-devant à partir de soi-même et qui en même temps est le fond de ses qualités constantes et de ses états changeants. La prééminence d’un sub-jectum insigne, parce que, d’un point de vue essentiel, inconditionnel (en tant que faisant fond comme fondement), a son origine dans l’exigence, chez l’homme, d’un fundamentum absolutum inconcussum veritatis (d’un fondement reposant en soi et inébranlable de la vérité au sens de la certitude). Pourquoi et comment cette exigence a-t-elle pu acquérir son autorité décisive ? C’est que cette exigence provient de l’émancipation par laquelle l’homme se libère de l’obligation normative de la vérité chrétienne révélée et du dogme de l’Église, en vue d’une législation reposant sur elle-même et pour elle-même. Par cette libération, l’essence de la liberté, c’est-à-dire être maintenu dans les liens d’une obligation, est posée de façon renouvelée. Cependant, comme avec cette liberté, l’homme qui se libère pose lui-même ce qui a pouvoir d’obligation, cet " obligatif " peut désormais être déterminé différemment. L’obligatif peut être la Raison humaine et sa loi, ou bien l’étant, établi et ordonné sur le mode de l’objectivité à partir d’une telle raison, ou bien ce chaos non encore ordonné qui, restant justement à maîtriser par l’objectivation, exige, en une époque, la domestication. 106 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 9 page 138-145

Or, cette libération se libère toujours, sans le savoir, à partir de l’attache à la vérité révélée, dans laquelle le salut de son âme est rendu pour l’homme certain et sûr. L’émancipation qui s’affranchit de la certitude révélée du salut était donc, en elle-même, nécessairement une émancipation vers une certitude dans laquelle l’homme s’assure du vrai en tant que du su de son propre savoir. Cela n’était possible qu’en ce que l’homme se libérant se garantissait à lui-même la certitude de ce qui est susceptible d’être su. Or, cela à son tour ne pouvait se produire que dans la mesure où l’homme décidait, de lui-même et pour lui-même, de ce qu’allait désormais signifier pour lui " être susceptible d’être su " " savoir " et " confirmation (Sicherung) du su ", c’est-à-dire " certitude ". La tâche métaphysique de Descartes devint alors celle-ci : créer à l’émancipation de l’homme vers la liberté comme auto-détermination certaine d’elle-même le fond métaphysique. Ce fond, cependant, devait non seulement être lui-même certain, mais il lui fallait, vu que toute autre norme pouvant découler d’une autre sphère était refusée, être de telle sorte que par lui l’essence de la liberté postulée puisse être posée comme certitude de soi. Or, tout ce qui est certain à partir de soi-même doit, en même temps, confirmer comme certain l’étant pour lequel un tel savoir doit être certain et par lequel tout ce qui est susceptible d’être su doit être garanti. Le fundamentum de cette liberté, ce qui lui fait fond, le subjectum, doit donc être quelque chose de certain, et quelque chose qui soit capable de satisfaire aux exigences susdites. Un subjectum insigne quant à tous ces points de vues devient donc nécessaire. Quel est le certain formant et fournissant ce fond ? L’ego cogito (ergo) sum. Le certain se révèle être une thèse (Satz) qui énonce qu’en même temps (simultanément et durant un temps égal), avec la pensée de l’homme, lui-même est indubitablement présent, c’est-à-dire maintenant : est donné à soi-même, en coprésence avec sa pensée. Penser signifie représenter, rapport représentant au représenté (idea en tant que perceptio). 108 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 9 page 138-145

Tout rapport à quelque chose, le vouloir, le prendre position, les sensations, est d’emblée un rapport s’effectuant sur le mode de la représentation ; il est cogitans, ce qu’on traduit par " pensant ". Descartes peut désormais affubler tous les modes de la voluntas et de l’affectus, toutes les actiones et passiones du nom tout d’abord déconcertant de cogitatio. Dans l’ego cogito sum, le cogitare est compris en ce sens nouveau et essentiel. Le subjectum, la certitude fondamentale, c’est la simultanéité à toute heure assurée dans la représentation de l’homme représentant avec l’étant représenté, qu’il soit humain ou non humain, et cela veut dire : avec l’objectif. La certitude fondamentale c’est, représentable et représenté à tout instant, l’indubitable me cogitare = me esse. Voilà l’équation fondamentale de tous les calculs de la représentation s’assurant et se garantissant elle-même. Dans cette certitude fondamentale, l’homme peut être sûr qu’il est - en tant que représentant de toute représentation, et ainsi en tant que dimension de tout être-représenté, donc de toute certitude et vérité confirmé et assuré, c’est-à-dire désormais qu’il est. Dans la mesure seulement où l’homme est de la sorte nécessairement co-representé dans la certitude fondamentale (dans le fundamentum absolutum inconcussum du me cogitare = me esse) ; dans la mesure seulement où l’homme, se libérant vers soi-même, fait nécessairement partie du subjectum de cette liberté, dans cette seule mesure l’homme peut et doit devenir lui-même cet étant insigne, ce subjectum qui, par rapport au premier et vraiment (c’est-à-dire certainement) étant, occupe le premier rang parmi tous les autres subjecta. Que dans l’équation fondamentale de la certitude et ensuite dans le subjectum proprement dit, il soit fait mention de l’ego, ne signifie pas que l’homme se détermine désormais selon le mode de l’égoïsme ou de l’égotisme. Cela ne signifie rien de plus que ceci : qu’être sujet est désormais la caractérisation distinctive de l’homme en tant qu’être pensant-représentant. C’est au contraire le je de l’homme qui entre au service de ce nouveau subjectum. La certitude qui est au fond de celui-ci est bien, en tant que telle, subjective, c’est-à-dire s’ordonnant à partir de l’essence du subjectum, mais non pas " égoïste ". Car la certitude fait autorité pour tout je, oblige donc tout je comme tel (c’est-à-dire comme subjectum). De même, tout ce qui veut être arrêté et fixé, par l’objectivation représentante, comme assuré et garanti et par là comme étant, est normatif pour tout le monde. Or, cette objectivation, qui décide en même temps de ce qui vaudra comme objet, rien ne peut s’y soustraire. De l’essence de la subjectivité du subjectum et de l’homme comme sujet fait partie l’illimitation inconditionnée de la région d’une objectivation possible et du droit d’en décider. 112 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 9 page 138-145

Les Meditationes de prima philosophia jettent le plan, de l’ontologie du subjectum à partir de la subjectivité déterminée comme conscientia. L’homme est devenu le subjectum. C’est pourquoi il peut, selon les manières dont il se comprend lui-même et se veut comme tel, déterminer et accomplir l’essence de la subjectivité. L’homme comme être raisonnable de l’époque des lumières n’est pas moins sujet que l’homme qui se comprend comme nation, se veut comme peuple, se cultive comme race et se donne finalement les pleins pouvoirs pour devenir le maître de l’orbe terrestre. Etant donné que l’homme continue, dans toutes ces positions fondamentales de la subjectivité, à être déterminé en tant que je et tu, nous et vous, différentes manières de l’égoïté et de l’égoïsme sont toujours possibles. L’égoïsme subjectif, pour lequel, en général à son insu, le je est d’abord défini comme sujet, peut être réprimé par l’embrigadement dans le Nous. Par là, la subjectivité ne fait qu’accroître sa puissance. Dans l’impérialisme planétaire de l’homme organisé techniquement, le subjectivisme de l’homme atteint son point culminant, à partir duquel il entrera dans le nivellement de l’uniformité organisée pour s’y installer à demeure ; car cette uniformité est l’instrument le plus sûr de l’empire complet, parce que technique, sur la terre. La liberté moderne de la subjectivité se fond complètement dans l’objectivité lui correspondant. L’homme ne saurait quitter ce destin de l’essence moderne, ou bien le suspendre par une sentence souveraine. Mais l’homme peut, en une méditation préparatoire, penser que l’être-sujet de l’homme n’a jamais été, ni ne sera jamais, l’unique possibilité de futurition pour l’homme historial. Une nuée fugitive sur une terre voilée : tel est l’assombrissement que la vérité préparée par la certitude chrétienne du salut répand, comme certitude de la subjectivité, sur un avènement (Ereignis) qu’il n’est pas accordé à cette dernière d’apprendre. 116 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 9 page 138-145

L’entrelacement, décisif pour l’essence des Temps Modernes, de ces deux processus : que le monde devienne image conçue, et l’homme sujet, jette du même coup une lumière sur le processus - presque absurde à première vue - mais non moins fondamental de l’Histoire moderne. En effet, plus complètement le monde semble disponible comme monde conquis, plus objectivement l’objet apparaît, plus subjectivement, c’est-à-dire plus péremptoirement, se dresse le sujet, et plus irrésistiblement la considération du monde, la théorie du monde se change-t-elle en une théorie de l’homme -l’anthropologie. Ne nous étonnons donc pas de voir commencer le règne de l’humanisme seulement là où le monde devient image conçue. Et de même qu’une chose telle qu’une " conception du monde " était impossible à la grande époque grecque, de même un humanisme ne pouvait absolument pas y faire apparition. L’humanisme, au sens historique du mot, n’est donc rien d’autre qu’une anthropologie esthético-morale. Ce terme d’anthropologie n’entend nullement ici une exploration scientifique de l’homme. Il n’entend pas non plus le dogme théologique de l’homme créé, déchu et sauvé. Il veut désigner cette interprétation philosophique de l’homme qui explique et évalue la totalité de l’étant à partir de l’homme et en direction de l’homme. 120 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 121-122

Car maintenant la modernité en cours d’accomplissement se fond de plus en plus dans le " cela va de soi " (das Selbstverständliche) ; ce n’est que lorsque le " cela va de soi " est assuré idéologiquement, c’est-à-dire par des (Weltanschauungs), que d’autre part croît la possibilité d’une originelle mise en question de l’être qui ouvre la dimension dans laquelle se décide si l’être sera encore une fois capable de Dieu, si l’essence de la vérité de l’être replacera l’essence de l’homme dans l’instance d’un appel plus originel. Et ainsi, ce n’est que là où la perfection des Temps Modernes les fait atteindre à la radicalité de leur propre grandeur, que l’Histoire future se prépare. 128 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 11 page 145

L’américanisme est quelque chose d’européen. Il est une variété, encore incomprise, du gigantesque, d’un gigantesque encore sans point d’attache, c’est-à-dire qui ne surgit aucunement encore de la plénitude rassemblée de l’essence métaphysique des Temps Modernes. Quant à l’interprétation américaine de l’américanisme par le pragmatisme, elle reste en dehors du domaine métaphysique. 132 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 12 page 145-146

Or quoi, si ce suspens lui-même, il lui revenait d’être la manifestation la plus haute et la plus puissante de l’être ? Compris à partir de la Métaphysique (c’est-à-dire à partir de la question de l’être sous la forme : qu’est-ce que l’étant ?), l’essence secrète de l’être, le suspens, se dévoile tout d’abord comme le Non-étant par excellence, comme le Rien. Or, le Rien, en tant que rien d’étant, est la contrepartie la plus aiguë du tout simplement " nul ". Le Rien n’est jamais rien du tout, pas plus qu’il n’est un " quelque chose " au sens d’un objet ; il est l’être lui-même, à la vérité duquel l’homme sera remis (übereignet) lorsqu’il se sera surmonté en tant que sujet, ce qui veut dire : quand il ne représentera plus l’étant comme objet. 140 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 14 page 146

L’essence.......................1

La science devient donc recherche par le projet qui s’assure lui-même dans la rigueur de l’investigation. Cependant, projet et rigueur ne se déploient vers ce qu’ils sont que par la méthode. Celle-ci constitue le second caractère essentiel de la recherche. Pour qu’il accède à une objectivité, le secteur projeté doit être amené à faire face dans toute la multiplicité de ses niveaux et entrelacements. C’est pourquoi l’investigation doit avoir vue libre sur la variabilité de ce qu’elle rencontre. Ce n’est que sous l’horizon de l’incessante nouveauté du changement qu’apparaît la plénitude du détail et des faits. Or, il faut que les faits deviennent objectifs. L’investigation doit donc représenter le variable dans sa variabilité, c’est-à-dire le fixer, tout en laissant son mouvement être un mouvement. La fixité des faits et la constance de leur changement, en tant que tels, constituent la règle. La constance du changement dans la nécessité de son processus, c’est la loi scientifique. Ce n’est que sous l’horizon de la règle et de la loi que les faits peuvent apparaître clairement comme ce qu’ils sont, c’est-à-dire précisément comme faits. Ainsi la recherche par les faits, dans le domaine de la nature, est en elle-même affirmation et confirmation de règles et de lois. Le procédé suivant lequel un secteur d’objectivité accède à la représentation se caractérise par la clarification à partir de ce qui est clair, c’est-à-dire par la mise au clair qu’est l’explication. Toute explication présente deux faces. Elle fonde l’inconnu par le connu tout en avérant le connu par l’inconnu. L’explication s’accomplit dans l’examen des faits - lequel est assumé, dans les sciences de la nature - selon le champ de l’examen et le but de l’explication - par l’expérience (das Experiment). Ce n’est point cependant par l’expérience que les sciences de la nature deviennent essentiellement recherche ; au contraire, l’expérience ne devient possible que là où la connaissance de la nature comme telle s’est transformée en recherche. C’est seulement parce que la physique moderne est mathématique dans son essence qu’elle peut-être expérimentale. Et comme, par ailleurs, ni la doctrina médiévale ni l’episteme grecque ne sont des sciences au sens de recherche, il n’y a pas place en elles pour une expérience scientifique. Il est vrai que c’est Aristote qui, le premier, a compris ce que signifiait empeiria (experientia) : l’observation des choses elles-mêmes, de leurs qualités et modifications sous des conditions changeantes, et par là, la connaissance des façons dont les choses se comportent dans la règle. Mais une observation qui a en vue de telles connaissances, l’experimenturn, reste essentiellement différente de ce qui fait partie de la science comme recherche, à savoir de l’expérience exploratoire (Forschungsexperiment) ; même lorsque les observateurs antiques et médiévaux opèrent avec chiffres et mesures ; et même là où l’observateur se sert d’outils et de dispositifs déterminés. Car ici manque de bout en bout l’élément décisif de l’expérience scientifique moderne. Celle-ci commence avec l’hypothèse d’une loi. Proposer une expérience signifie : représenter une condition d’après laquelle un ensemble de mouvements peut être suivi dans la nécessité de son déroulement, c’est-à-dire : peut d’avance être rendu apte au contrôle du calcul. Or, la position d’une loi s’effectue à partir de la vue d’ensemble sur le plan fondamental du secteur d’objectivité examiné. C’est ce plan qui fournit la mesure, liant ainsi à ses exigences la représentation anticipant la condition. Pareil mode de représentation, dans lequel et par lequel l’expérience commence, n’est donc point arbitraire imagination. C’est pourquoi Newton pouvait dire : hypotheses non fingo, les hypothèses ne sont pas inventées arbitrairement. Car elles ont été déployées à partir du plan de la nature et inscrites en lui. L’expérience, c’est le procédé porté et guidé, en son plan et en son exécution, par la loi hypothétique afin que se produisent les faits confirmant la loi ou lui refusant cette confirmation. Plus le projet du plan de la nature est exact, plus la possibilité de l’expérience devient elle-même exacte. Le scolastique médiéval Roger Bacon, si souvent invoqué, ne saurait être le précurseur du chercheur expérimental moderne : il n’est que le successeur d’Aristote. Car, entre-temps, la possession de la vérité à été proprement transportée dans la foi, c’est-à-dire dans le fait de tenir pour vrais la parole de l’Écriture et le dogme de l’église. La suprême connaissance et doctrine est la Théologie, en tant qu’exégèse des paroles divines de la Révélation inscrite dans l’Ecriture et prêchée par l’Église. Connaissance ne signifie point ici recherche, mais bonne compréhension de la parole faisant loi et des autorités la prêchant. C’est pourquoi, pour la connaissance médiévale, la prééminence revient à la discussion des paroles et doctrines des différentes autorités. C’est le componere scripta et sermones, l’argumentum ex verbo qui est décisif, et c’est en même temps la raison pour laquelle les philosophies platonicienne et aristotélicienne reçues étaient contraintes de devenir dialectique scolastique. Si maintenant Roger Bacon exige l’experimentum - et c’est bien ce qu’il a fait - il n’entend pas sous ce mot l’expérience de la science en tant que recherche : il ne fait qu’exiger, au lieu de l’argumentum ex verbo, l’argumentum ex re ; à la place de la discussion des doctrines, l’observation des choses elles-mêmes, c’est-à-dire l’empeiria aristotélicienne. 23 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 105-108

Ce terme d’exploitation organisée (Betrieb) n’a aucun sens dépréciateur. Dès lors que la recherche est organiquement organisation de son propre progrès, l’" activisme " affairé (Betriebsamkeit), constamment possible, de l’organisation pure provoque en même temps l’apparence d’une suprême réalité derrière laquelle précisément s’accomplit l’excavation du travail de recherche. Ainsi, l’exploitation organisée sombre dans l’organisationnisme pur, à chaque fois qu’à l’intérieur de son procédé, elle ne se maintient plus ouverte à l’incessant renouvellement du projet, mais ne fait que laisser celui-ci derrière elle, comme quelque chose de " donné ", sans même plus le confirmer, s’évertuant en revanche à pourchasser les résultats s’entassant les uns sur les autres et à en faire le compte. C’est pourquoi l’organisationnisme pur (blosser Betrieb) est constamment à combattre, précisément parce que la recherche est, en son essence, exploitation organisée. Il est vrai que si l’on ne cherche l’élément proprement scientifique de la science que dans la calme érudition du savant, alors le rejet de l’exploitation organisée peut avoir l’air d’une pure et simple négation du mouvement essentiel de la recherche. Mais il est vrai aussi que plus purement la recherche devient organisation de son mouvement, réalisant ainsi son rendement propre, plus constamment croît en elle le danger de l’organisationnisme pur. Finalement, un état est atteint où la différence entre organisation et organisationnisme devient non seulement insaisissable, mais encore irréelle. Or, c’est précisément cet état d’équilibre entre l’organique et le monstrueux qui, évoluant dans la moyenne d’une évidence allant de soi, rend durable la recherche en tant que figure de la science, ainsi que, de façon générale, les Temps Modernes. Mais où la recherche prend-elle le contrepoids contre l’organisationnisme qui la menace à l’intérieur même de son organisation ? " 29 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": Note 2 page 127-128

Ce n’est que par le mouvement de l’exploitation organisée que le projet d’un secteur donné d’objectivité est vraiment introduit et fixé dans l’étant. Toutes les institutions qui facilitent un raccord planifiable des modes de procéder entre eux, qui favorisent le contrôle et la communication réciproque des résultats et qui règlent l’échange des forces de travail, ne sont aucunement, en tant que mesures prises, la simple conséquence extérieure du fait que le travail de la recherche s’étende et se ramifie. Ce déploiement de la recherche est bien plutôt le signe lointain et encore incompris indiquant que la science moderne commence à entrer dans la phase décisive de son avènement. Ce n’est que maintenant qu’elle commence à prendre possession de la plénitude du déploiement de sa propre essence. 33 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 110-111

Le véritable système des sciences réside donc dans la synthèse du procédé avec l’attitude à prendre quant à l’objectivation de l’étant, cette synthèse résultant chaque fois de la planification de l’étant visé. L’avantage que l’on exige de ce système n’est donc pas une quelconque unité de relation, controuvée et rigide, des divers secteurs d’objectivité, mais la plus grande mobilité possible, libre mais réglée, de changement et de reprise des recherches concernant les diverses tâches dominantes. Plus la science se spécialise exclusivement dans l’activation et la maîtrise totale de son mode de procéder, plus les sciences organisées, libérées de toute illusion, se concentrent résolument dans des établissements spéciaux et des écoles spéciales de recherche, plus elles entrent irrésistiblement dans la perfection de leur modernité essentielle. Et plus la science et les chercheurs s’acquittent inconditionnellement de la figure moderne de leur essence, plus ils se mettent eux-mêmes nettement et immédiatement à la disposition de l’utilité commune, mais également plus ils sont obligés de se retirer sans restriction dans l’anonymat officiel de tout travail d’utilité générale. 41 L’EPOQUE DES "CONCEPTIONS DU MONDE": P 112-113

Il s’est éclairci à présent aussi en quel sens l’homme en tant que sujet veut être et doit être mesure et milieu de l’étant, c’est-à-dire, maintenant, des objets. L’homme n’est désormais plus metron au sens de la mesure qui limite l’entente à l’orbe, chaque fois, de ce qui entre dans l’ouvert sans retrait - orbel’homme lui-même à son tour entre en présence. En tant que subjectum, l’homme est la co-agitatio de l’ego. L’homme se fonde lui-même comme le Mètre de toutes les échelles auxquelles on mesure (c’est-à-dire auxquelles on peut faire le compte de) ce qui peut passer pour certain, c’est-à-dire pour vrai, c’est-à-dire pour étant. La liberté est nouvelle en tant que liberté du subject

Submitted on 10.09.2010 17:28
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