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Dilthey

Definition:
La question de la « vie » n’a jamais cessé de tenir en haleine les recherches de W. Dilthey, qui s’efforce de comprendre la connexion structurelle et génétique des « vécus » à partir du tout de cette « vie » dont ils forment le tissu. Toutefois, s’il faut attribuer une pertinence philosophique à sa « psychologie comme science de l’esprit », celle-ci ne consiste pas dans son refus de s’orienter sur des éléments et des atomes psychiques et de morceler la vie de l’âme, mais bien plutôt dans le fait que Dilthey, en tout cela et avant tout, était en chemin vers la question de la « vie ». Naturellement, c’est sur ce point également que se manifestent de la manière la plus nette les limites de sa problématique, et de la conceptualité [47] où il était obligé de l’exprimer. Ces limites, tous les courants du « personnalisme » déterminés par Dilthey et Bergson, toutes les tendances en direction d’une anthropologie philosophique les partagent avec eux. Même l’interprétation phénoménologique de la personnalité, pourtant bien plus radicale et clairvoyante, ne parvient pas à atteindre la dimension de la question de l’être du Dasein. Toutes réserves faites sur leurs différences en ce qui concerne le mode de questionnement et d’exécution, ainsi que l’orientation de la conception du monde, les interprétations de la personnalité par Husserl {NA: Les recherches d’E. Husserl sur la personnalité demeurent inédites. L’orientation fondamentale de la problématique se manifeste déjà dans l’essai « La philosophie comme science rigoureuse », paru dans Logos, I, 1910, notamment p. 319. [Cf. la trad. fr. de Q. Lauer, 1955 (N.d.T.)]. Cette recherche se trouve fort avancée dans la seconde partie des Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures (Husserliana, IV) [= trad. E Escoubas, 1982 (N.d.T)], dont la première partie (voir le présent Jahrbuch, t. I, 1913) [= trad. P. Ricoeur, 1950 (N.d.T.)] présente la problématique de la « conscience pure » considérée comme le sol de la recherche de la constitution de toute réalité. La deuxième partie expose le détail des analyses constitutives et traite, en trois sections : 1. la constitution de la nature matérielle, 2. la constitution de la nature animale et 3. la constitution du monde spirituel (marquant l’opposition de l’attitude personnaliste à l’attitude naturaliste). Husserl commence ainsi son exposé : « Dilthey a certes saisi les problèmes déterminants, les orientations du travail à faire, mais il n’est encore parvenu ni aux formulations décisives du problème, ni aux solutions méthodologiquement correctes ». Depuis cette première élaboration, Husserl a encore approfondi ces problèmes, et communiqué dans ses cours de Fribourg certaines parties essentielles de ses recherches. [Rappelons que Ideen II était encore inédit en 1927 — ce que précise d’ailleurs la présente note dans la 1ère édition de S.u.Z. : « La seconde partie, inédite » — et ne verra le jour comme t. IV des Husserliana qu’en 1952, par les soins de M. Biemel. (N.d.T.)]} et Scheler s’accordent négativement en ceci que l’une et l’autre ne posent plus la question de l’« être-personne » lui-même. Nous choisissons comme exemple l’interprétation de Scheler, non seulement parce qu’elle est littérairement accessible {NA: Cf. le présent Jahrbuch, t. I-2 , 1913 et t. II 1916, notamment p. 242 sq. [GA5eidegger cite ici Le formalisme en éthique et l’éthique matériale des valeurs. Cf. le Handbuch, p. 481-482, et la trad. fr. de M. de Gandillac, 1955 (N.d.T.)] }, mais parce que Scheler accentue expressément l’être-personne en tant que tel et cherche à le déterminer en dissociant l’être spécifique des actes de toute réalité « psychique ». La personne, selon Scheler, ne peut être pensée en aucun cas comme une chose ou une substance, elle « est bien plutôt l’unité immédiatement co-vécue du “vivre” — non pas une chose simplement pensée derrière et hors de ce qui est immédiatement vécu » {NA: Id., t. II, p. 243.}. La personne n’est pas un être substantiel chosique. En outre, l’être de la personne ne peut s’épuiser à être le sujet d’actes rationnels réglés par une certaine légalité. [EtreTemps10]

Voudrait-on conclure de l’impossibilité des preuves de l’être-sous-la-main de choses hors de nous que cette réalité doit être « acceptée par un simple acte de foi », que la perversion du problème ne serait nullement surmontée. Car le préjugé demeurerait intact selon lequel il faudrait, fondamentalement et idéalement, en apporter une démonstration. Avec cette restriction à une « foi en la réalité du monde extérieur », la position inadéquate du problème se confirme même dans le cas où l’on cherche à rendre expressément à cette foi un « droit » qui lui serait propre. Au fond, on n’en continue pas moins à exiger une preuve, même si l’on s’efforce de satisfaire cette requête par des moyens autres que ceux d’une démonstration contraignante [NA: Cf. W. DILTHEY, Beiträge zur Lösung der Frage vom Ursprung unseres Glaubens an die Realität der Aussenwelt und seinem Recht [Contributions à la résolution de la question de l’origine de notre foi en la réalité du monde extérieur, ainsi que de sa légitimité], 1890 dans Gesammelte Schriften, t. V-1, p. 90 sq. Dès le début de cet essai, Dilthey a cette déclaration sans équivoque : « Car s’il doit y avoir pour l’homme une vérité universelle, alors il faut que la pensée, conformément à la méthode indiquée pour la première fois par Descartes, se fraie un chemin qui la conduise des faits de la conscience vers l’effectivité extérieure » (p. 90).].

Sans doute il est possible dans certaines limites de donner d’ores et déjà, sans une base ontologico-existentiale expresse, une caractérisation phénoménologique de la réalité du réel, et c’est ce que Dilthey a essayé de faire dans l’essai plus haut cité. Le réel, selon lui, est expérimenté dans l’impulsion et la volonté. La réalité est résistance, plus exactement résistivité. L’élaboration analytique du phénomène de la résistance constitue la partie positive de cet essai et offre la meilleure illustration concrète de l’idée d’une « psychologie descriptive et analytique ». Néanmoins, le déploiement adéquat de l’analyse du phénomène de la résistance est alors entravé par la problématique de la réalité propre à la théorie de la connaissance. Le « principe de phénoménalité » ne permet pas à Dilthey de parvenir à une interprétation ontologique de l’être de la conscience. « La volonté et son inhibition apparaissent à l’intérieur de la même conscience » [NA: Cf. Beiträge cités, p. 134.]. Le mode d’être de cet « apparaître », le sens d’être du « à l’intérieur », le rapport d’être de la conscience au réel lui-même, tout cela attend sa détermination ontologique. Que celle-ci ne vienne pas, cela procède en dernière instance du fait que Dilthey laisse dans l’indifférence ontologique cette « vie », « en deçà » de laquelle il est bien sûr exclu de remonter. Toutefois, une interprétation ontologique du Dasein ne signifie pas la régression ontique vers un autre étant. Que Dilthey ait été réfuté en termes [210] de théorie de la connaissance ne doit pas nous décourager de faire fructifier l’apport positif de ses analyses, qui est précisément resté incompris des réfutations en question.

C’est ainsi que Scheler a récemment repris l’interprétation diltheyenne de la réalité [NA: Cf. sa conférence de 1925, « Die Formen des Wissens und die Bildung » (NT: « Les formes du savoir et la culture »), notes 24 et 25. Note à la correction du présent ouvrage : SCHELER vient de publier, dans son recueil récent d’essais Die Wissensformen und die Gesellschaft (NT: Les formes du savoir et la société), 1926, sa recherche depuis longtemps annoncée sur « Connaissance et travail » (p. 233 sq.). La section VI de cet essai (p. 455) donne une exposition plus détaillé de la « théorie volontative du Dasein », assortie d’une appréciation et d’une critique de Dilthey.]. Il professe une « théorie volontative du Dasein ». Mais « Dasein » est ici entendu au sens kantien de l’être-sous-la-main. L’« être des objets », dit Scheler, « n’est donné immédiatement que dans la relation propre à l’impulsion et à la volonté ». Scheler ne se contente pas de souligner comme Dilthey que la réalité n’est jamais donnée primairement à la pensée et à la saisie, ce qu’il lui importe d’établir est que le connaître lui-même n’est pas non plus un juger et que le savoir est un « rapport d’être ».

Ce que nous avons été obligés de dire de l’indéterminité ontologique des fondements chez Dilthey s’applique fondamentalement à cette théorie. L’analyse fondamentale de la « vie » ne saurait non plus être introduite subrepticement après coup à titre d’infrastructure. C’est elle qui porte et conditionne l’analyse de la réalité, l’explication pleine de la résistivité et de ses présupposés phénoménaux. La résistance fait encontre dans un ne-pas-pouvoir-passer, comme empêchement d’un vouloir-passer. Mais avec celui-ci est d’ores et déjà ouvert quelque chose vers quoi pulsion et volonté sont exposées. Or l’indétermination ontique de ce « vers-quoi » ne saurait ontologiquement passer inaperçue, ou même être saisie comme un rien. L’exposition vers... qui se heurte à la résistance et peut seule s’y « heurter » est elle-même déjà auprès d’une totalité de tournure. Mais la découverte de celle-ci se fonde dans l’ouverture du tout de renvois de la significativité. L’expérience de la résistance, autrement dit la découverte tendue de ce qui résiste, n’est ontologiquement possible que sur la base de l’ouverture du monde. La résistivité caractérise l’être de l’étant intramondain. Des expériences de résistance ne déterminent facticement que l’ampleur et la direction de la découverte de l’étant faisant encontre à l’intérieur du monde. Leur sommation, bien loin de pouvoir produire seulement l’acte d’ouverture du monde, le présuppose au contraire. Le « contre » est porté en sa possibilité ontologique par l’être-au-monde ouvert. [EtreTemps43]

D’un autre côté, l’analyse ne peut s’en tenir à une idée de la mort fortuitement et arbitrairement forgée. Un tel arbitraire, du reste, ne peut être réfréné que par la caractérisation ontologique préalable du mode d’être où la « fin » s’engage dans la quotidienneté médiocre du Dasein. Pour cela, il est besoin d’une évocation complète des structures, plus haut dégagées, de la quotidienneté. Que dans une analyse existentiale de la mort des possibilités existentielles de l’être pour la mort soient du même coup suggérées, cela est inhérent à l’essence de toute recherche ontologique. La nécessité n’en devient que plus forte que la détermination conceptuelle existentiale s’accompagne d’une absence d’obligation existentielle, et cela est spécialement vrai dans le cas de la mort, où le caractère de possibilité [249] du Dasein se laisse dévoiler avec la plus grande acuité. Tout ce à quoi vise la problématique existentiale, c’est à dégager la structure ontologique de l’être pour la fin du Dasein [NA: L’anthropologie élaborée dans la théologie chrétienne a toujours déjà — depuis PAUL jusqu’à la meditatio futurae vitae de CALVIN — coaperçu la mort dans l’interprétation de la « vie ». — W. DILTHEY, dont les tendances philosophiques propres étaient dirigées vers une ontologie de la « vie », ne pouvait manquer de discerner sa liaison avec la mort. « Le rapport qui détermine le plus profondément et universellement le sentiment de notre Dasein est celui de la vie à la mort ; car la limitation de notre existence par la mort est toujours décisive pour notre compréhension et notre appréciation de la vie. » Das Erlebnis und die Dichtung [Vécu et poésie], 5ème éd., p. 230. Récemment, G. SIMMEL, a lui aussi fait expressément entrer le phénomène de la mort dans la détermination de la « vie », mais bien entendu sans clairement dissocier problématique biologico-ontique et problématique ontologico-existentiale. Cf. Lebensanschauung, Vier metaphysische Kapitel [L’intuition de la vie, Quatre chapitres métaphysiques], 1918, p. 99-153. — Pour la présente enquête, il convient avant tout de comparer K. Jaspers, Psychologie der Weltanschauungen [Psychologie des conceptions du monde], 3ème éd., 1925, p. 229 sq., notamment p. 259-270. Jaspers saisit la mort au fil conducteur du phénomène — par lui dégagé — de la « situation-limite », dont la signification fondamentale dépasse toute typologie des « dispositions » et des « conceptions du monde ».

Les suggestions de Dilthey ont été reprises par R. UNGER dans son essai Herder, Novalis und Kleist. Studien über die Entwicklung des Todesproblem im Denken und Dichten von Sturm und Drang sur Romantik [GA5., N. et K., Études sur l’évolution du problème de la mort dans la pensée et la poésie du "Sturm und Drang" au romantisme], 1922. Unger livre sinon une méditation sur les principes de sa problématique dans sa conférence Literaturgeschichte als Problemgeschichte, Zur Frage geisteshistorischer Synthese, mit besonderer Beziehung auf W. Dilthey [L’histoire littéraire comme histoire des problèmes, Sur la question de la synthèse en histoire de l’esprit, en référence particulière à W. D.], dans « Schriften der Königsberger Gelehrten Gesellschaft, Geisteswiss. Klasse », I, 1, 1924 ; Unger aperçoit clairement la signification de la recherche phénoménologique pour une fondamentation radicale des « problèmes de la vie », p. 17 sq. 2 Cf. supra, § 41, p. [192].]. [EtreTemps49]

Est-il encore nécessaire, après cette première caractérisation du cours de l’exposition ontologique de l’historialité à partir de la temporalité, de fournir l’assurance expresse que la recherche qui suit ne nourrit nullement l’illusion de régler d’un trait de plume le problème de l’histoire ? Et pour cause : plus le problème de l’histoire est reconduit à son enracinement originaire, et plus la déficience des moyens « catégoriaux » disponibles, plus l’incertitude des horizons ontologiques primaires s’imposent à l’attention. La méditation qui suit se contentera simplement d’indiquer le lieu ontologique du problème de l’historialité. Au fond, tout ce dont il y va pour notre analyse, c’est de contribuer provisoirement et pour sa part à une appropriation — dont il reste encore à la génération présente à s’acquitter — des recherches de Dilthey. [EtreTemps72]

Est-il encore nécessaire, après cette première caractérisation du cours de l’exposition ontologique de l’historialité à partir de la temporalité, de fournir l’assurance expresse que la recherche qui suit ne nourrit nullement l’illusion de régler d’un trait de plume le problème de l’histoire ? Et pour cause : plus le problème de l’histoire est reconduit à son enracinement originaire, et plus la déficience des moyens « catégoriaux » disponibles, plus l’incertitude des horizons ontologiques primaires s’imposent à l’attention. La méditation qui suit se contentera simplement d’indiquer le lieu ontologique du problème de l’historialité. Au fond, tout ce dont il y va pour notre analyse, c’est de contribuer provisoirement et pour sa part à une appropriation — dont il reste encore à la génération présente à s’acquitter — des recherches de Dilthey. [EtreTemps74]

§ 77. Sur la connexion de l’exposition antérieure du problème de l’historialité avec les recherches de W. Dilthey et les idées du comte Yorck.

L’ex-plicitation du problème de l’histoire qui vient d’être accomplie est née d’une appropriation du travail de Dilthey. Elle a été confirmée, et en même temps consolidée par les thèses du comte Yorck, que l’on trouve dispersées dans ses lettres à Dilthey [NA: Cf. Briefwechsel zwischen W. Dilthey und dem Grafen Paul Yorck von Wartenburg, 1877-1897, Halle a.d. Saale, 1923.].

L’image de Dilthey encore aujourd’hui la plus répandue est celle-ci : il serait un subtil [398] exégète de l’histoire de l’esprit, et notamment de l’histoire de la littérature, qui, « en plus », aurait consacré ses efforts à délimiter les sciences de la nature et les sciences de l’esprit, mais, pour avoir alors assigné à l’histoire de ces sciences, et aussi bien à la « psychologie », un rôle privilégié, aurait noyé le tout dans une « philosophie de la vie » relativiste. Cette silhouette peut certes apparaître « exacte » à une observation superficielle. La « substance », pourtant, lui échappe. Elle recouvre plutôt qu’elle ne dévoile.

Schématiquement, il est possible de distribuer le travail de recherche de Dilthey en trois domaines : des études sur la théorie des sciences de l’esprit et leur délimitation par rapport aux sciences de la nature ; des recherches sur l’histoire des sciences de l’homme, de la société et de l’État ; des efforts en vue d’une psychologie capable d’exposer « la totalité du fait “homme” ». Ces recherches de théorie de la science, d’histoire de la science et d’herméneutique psychologique se compénètrent et se recoupent constamment. Que l’une de ces perspectives prédomine, et les autres jouent déjà le rôle d’un motif ou d’un moyen. Ce qui ressemble à du morcellement, à un « tâtonnement » incertain, hasardeux, est en réalité l’inquiétude élémentaire pour cet unique but : porter la « vie » à la compréhension philosophique, et assurer à cette compréhension un fondement herméneutique à partir de la « vie elle-même ». Tout est centré sur la « psychologie », qui doit comprendre la « vie » dans l’enchaînement historique de son évolution et de ses effets, comme la guise où l’homme est, comme objet possible des sciences de l’esprit et comme la racine de ces sciences tout à la fois. L’herméneutique est l’auto-éclaircissement de ce comprendre, et ne constitue que sous une forme dérivée la méthodologie de l’histoire.

Étant donné l’existence de commentaires contemporains, qui restreignaient unilatéralement au domaine de la théorie de la science ses propres recherches sur la fondation des sciences de l’esprit, Dilthey a lui-même souvent orienté ses publications dans cette direction. Néanmoins, la « logique des sciences de l’esprit » n’est pas plus centrale à ses yeux que sa « psychologie » « n’ » aspire à être « qu’ » une amélioration de la science positive du psychique.

La tendance philosophique la plus propre de Dilthey dans son échange avec son ami, le comte Yorck, c’est celui-ci qui en donne une fois l’expression la plus nette lorsqu’il fait allusion au « commun intérêt qui nous anime de comprendre l’historialité » (nous soulignons) [NA: Id., p. 185.]. L’appropriation des recherches de Dilthey, qui ne nous sont accessibles qu’aujourd’hui dans toute leur étendue, exige la constante et la concrétion d’un débat fondamental. Ce n’est pas le lieu d’exposer tous les problèmes qui le tinrent en haleine, et [399] comment [NA: Nous sommes d’autant plus autorisés à y renoncer ici que nous devons à G. MISCH une présentation concrète de Dilthey, spécialement attentive aux tendances centrales de sa pensée, dont aucun débat avec son oeuvre ne peut se passer. V. DILTHEY, Ges. Schriften, t. V, 1924, présentation, p. VII-CXVII.]. En revanche, il s’impose de donner de quelques idées centrales du comte Yorck une caractérisation provisoire, en citant un choix de passages caractéristiques de ses lettres.

La tendance qui anime Yorck dans son échange avec le questionnement et le travail de Dilthey se manifeste justement dans sa prise de position par rapport aux tâches de la discipline fondatrice, la psychologie analytique. Il écrit en effet au sujet de l’essai académique de Dilthey « Idées directrices sur une psychologie descriptive et analytique » (1894) : « L’auto-méditation comme moyen primaire de connaissance, l’analyse comme procédé primaire de connaissance sont solidement affirmées. À partir de là sont formulées des propositions que l’expérience personnelle vérifie. Mais le propos ne va pas jusqu’à une analyse critique, une explication, et ainsi une réfutation interne de la psychologie constructive et de ses hypothèses » (p. 177) ; « ...votre abstention d’une analyse critique = d’une certification psychologique de provenance aussi bien dans le détail que dans l’ensemble est liée, à mon avis, au concept et à la position que vous assignez à la théorie de la connaissance » (p. 177). « L’explication de l’inapplicabilité — le fait est affirmé et précisé — ne peut être donnée que par une théorie de la connaissance. C’est celle-ci qui a à rendre compte de l’inadéquation des méthodes scientifiques et à fonder la méthodologie, au lieu qu’aujourd’hui les méthodes sont empruntées — au petit bonheur, je dois le dire — aux domaines singuliers » (p. 179 sq.).

Dans cette exigence de Yorck — à savoir, fondamentalement, celle d’une logique précédant et guidant les sciences, comme c’était le cas pour la logique platonicienne et aristotélicienne —, est renfermée la tâche d’élaborer positivement et radicalement la structure catégoriale différentielle de l’étant-nature et de l’étant qui est histoire (du Dasein). Yorck estime que les recherches de Dilthey « accentuent trop peu la différence générique entre ontique et historique » (p. 191 ; nous soulignons). « En particulier, le procédé comparatif est revendiqué comme méthode des sciences de l’esprit. Ici, je me sépare de vous... La comparaison est toujours esthétique, elle s’attache toujours à la figure. Windelband assigne à l’histoire des figures pour objets. Son concept de type est un concept résolument intérieur. Il [400] s’agit alors de caractères, non pas de figures. L’histoire, pour lui, est une série d’images, de figures individuelles, bref une exigence esthétique. Au physicien, il ne reste justement, à côté de la science, comme moyen humain d’apaisement, que la jouissance esthétique. Votre concept de l’histoire, au contraire, est celui d’une connexion de forces, d’unités de forces auxquelles la catégorie “figure” ne devrait être applicable que métaphoriquement » (p. 193).

Ce n’est pas un hasard si Yorck appelle « l’ontique », purement et simplement, l’étant qui n’est pas historial — mais plutôt un effet indirect de la souveraineté intacte de l’ontologie traditionnelle, qui, provenant du questionnement antique sur l’être, maintient la problématique ontologique dans une restriction fondamentale. Le problème de la différenciation entre l’ontique et l’historique ne peut être élaboré à titre de problème de recherche que s’il s’est préalablement assuré, grâce à la clarification fondamental-ontologique de la question du sens [404] de l’être en général, de son fil conducteur [NA: Cf. supra, § 5 et 6, p. [15] sq.]. Et ainsi comprend-on aussi en quel sens l’analytique temporalo-existentiale préparatoire du Dasein est résolue à cultiver l’esprit du comte Yorck afin de mieux servir l’oeuvre de Dilthey. [EtreTemps77]

Submitted on 21.07.2019 17:31
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