blasphème

Category: Heidegger en français
Submitter: Murilo Cardoso de Castro

blasphème

NT: le blasphème par excellence.

Parler du « plus étant de tout étant » implique un secret et inavoué « penser à l’être ». A l’intérieur de la Foi chrétienne, une telle attitude est blasphématoire, parce que, malgré qu’elle en ait, elle ne fait pas foi à sa foi, mais lorgne sans cesse vers une ouverture de l’étant, sur un horizon de résolution autre que celui de la Révélation, laquelle est le contenu même et l’horizon de résolution propre à la Foi. Or, que veut dire « révélation » ? Le dévoilement de ce qui, par nature et essentiellement, est et reste abscons ; en l’occurrence, le Dieu chrétien, qui est pour cela le Dieu de la Révélation. L’être de l’étant, au contraire, est, en tant que présence du présent, toujours déjà dévoilé, il est le dévoilement même de l’étant comme tel, dévoilement par excellence.

A l’intérieur de la Révélation, au contraire, la question de l’être ou du non-être ne saurait, et par définition, se poser. Si elle s’y glisse quand même, la Foi par elle se trouve faussée et n’est plus qu’un simple tenir-pour-vrai, une représentation à laquelle on s’accroche d’autant plus qu’une mise en question de cette représentation, soit par la Foi, soit par la pensée est, et pour cause, interdite. Mais la foi en une telle Foi est mauvaise.
« Deus est suum esse » : une telle phrase est à cheval sur la philosophie et la théologie, sur la pensée de l’être et la Foi en la Révélation. Elle les empêche et les étouffe toutes les deux, et ne signifie, prise à la lettre, strictement rien.

Cette insistance sur l’« être » de Dieu nous semble assez remarquable : il faut croire qu’on a besoin de l’être de Dieu pour justifier sa propre existence. Voilà qu’apparaît de nouveau la « justice », indice le plus sûr de la Volonté de Puissance. Ainsi, l’« être » est devenu la valeur de cette justice (comme summum bonum), et « Dieu », le nom de cette valeur. Nous avons tout lieu de croire qu’il faut voir ici l’origine même du sens de ce mot de la Réforme protestante : « justification » et « justice » sola fide (toute autre « justification », y compris et surtout celle de la philosophie - et il y a philosophie là où il est parlé d’« être » - étant une « oeuvre ») et non ex cogitatione Dei. Il s’agit donc, dès le thomisme, d’autre chose. Car cette justification de l’existence propre n’est rien d’autre que la justification de l’étant en entier, nécessaire dans le temps de l’oubli de l’être. Mais qu’est-ce qu’une foi chrétienne qui justifie l’étant ? [GA5]

Submitted on:  Fri, 10-Sep-2010, 16:45