
Il semble ainsi que ce que le Dasein se donne à comprendre de cette manière représente bien une connaissance de lui-même, et que ce qui correspond à un tel appel soit une prise de connaissance en fait du « en-dette ». Mais si l’appel doit même avoir le caractère du con-voquer, cette explicitation de la conscience [Gewissen] ne conduit-elle pas à une perversion consommée de la fonction de la conscience [Gewissen] ? Con-voquer à l’être-en-dette, cela ne signifie-t-il pas une con-vocation [Aufruf] à la méchanceté ? EtreTemps58
La conscience [Gewissen] est l’appel du souci, venu de l’étrang(èr)eté de l’être-au-monde [In-der-Welt-sein], qui con-voque le Dasein à son pouvoir-être-en-dette le plus propre. Le comprendre correspondant de l’ad-vocation [An-ruf] est, ainsi qu’on l’a établi, le vouloir-avoir-conscience [Gewissen]. Il est exclu de mettre sans autre forme de procès l’une et l’autre de ces déterminations en harmonie avec l’explicitation vulgaire de la conscience [Gewissen]. Bien plutôt semblent-elles y contredire directement. Nous qualifions l’explicitation de la conscience [Gewissen] de vulgaire, parce qu’elle s’en tient, en caractérisant le phénomène et en assignant sa « fonction », à ce que l’on connaît au titre de conscience [Gewissen], à la manière dont on la suit ou ne la suit pas. EtreTemps59
Dès lors, si l’on se tourne du côté du mode d’être vulgaire du Dasein lui-même, rien ne garantit que l’explicitation de la conscience [Gewissen] issue de lui et les théories de la conscience [Gewissen] orientées sur lui soient en possession de l’horizon ontologique adéquat nécessaire à leur interprétation. Et pourtant, il faut aussi que l’expérience vulgaire de la conscience [Gewissen] touche en quelque manière - préontologique - le phénomène. Or il résulte de là deux données : l’explicitation vulgaire de la conscience [Gewissen], d’un côté, ne saurait valoir comme critère ultime de l’« objectivité » d’une analyse ontologique ; mais celle-ci, d’un autre côté, n’a pas le droit de [290] s’élever au-dessus de la compréhension quotidienne [alltäglich] de la conscience [Gewissen] et de passer à côté des théories anthropologiques, psychologiques et théologiques de la conscience [Gewissen] fondées sur elle. Si l’analyse existentiale a libéré le phénomène de la conscience [Gewissen] en son enracinement ontologique, c’est alors justement que les explicitations vulgaires doivent devenir intelligibles à partir d’elle, y compris dans la mesure où elles manquent le phénomène, et dans les raisons qui le lui font recouvrir. Comme cependant l’analyse de la conscience [Gewissen], dans le cadre problématique du présent essai, ne se tient qu’au service de la question ontologique fondamentale, la caractérisation de la connexion entre interprétation existentiale de la conscience [Gewissen] et explicitation vulgaire de la conscience [Gewissen] devra se contenter d’une indication des problèmes essentiels. EtreTemps59